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Drogues

Histoire d'une errance : du shoot au flash

Grégory Baillard est devenu photographe, sans intention professionnelle prédéterminée. Cependant, c'est bien un travail qu'il nous présente ici : un travail sur lui-même et sur son environnement.

Nous étions toute une bande unie d'amis cramés de musique, de drogues et d'envie de détruire tout ce foutu système. Les pires, les plus dérangeants donc les plus beaux et les plus fascinants.

En réalité, on a vraiment tout détruit et on s'est tous détruits.

Lui -objet, lui - sujet, dans les méandres d'une galère toxicomaniaque dont il sort vivant - et bien vivant ! - contre toutes les représentations classiques de « l'escalade de la drogue ».

Individu scandaleux hier et encore aujourd'hui, Grégory Baillard ne renie rien : plutôt que de nous amener à un regard compatissant, il nous appelle à percevoir quelques « extraits de vérité » de son histoire. Grégory Baillard n'a rien à faire excuser, rien à faire pardonner.

De retour d'un long voyage, il témoigne et son témoignage est, pour une part, son salut : « Vivre pour errer dans et pour le chaos. Mon nom est Grégory Baillard, à l'heure où je vous parle j'ai un peu plus de 27 ans et voici mon histoire d'hétéro errant ».

J'adorais me droguer, faire l'amour à mon héroïne, seul, en groupe, en kit, tout le temps. Mes bras étaient des chemins de fer et mon esprit s'encrassait avec jouissance. La jouissance de celui qui sait qu'il se trouve là où nul autre n'oserait s'aventurer.

Je possédais un appareil photo et savais que l'on faisait des choses incroyables. Nous étions les rois des marginaux alors je tirais les portraits pour la postérité, un de nous pouvait mourir dans la seconde alors il n'y avait pas de temps à perdre...

La mort était toujours présente, le fil du rasoir était jouissif, profondément malsain mais nous donnait la sensation d'être non plus des humains mais des Anges Intouchables.

Des Anges... Vous savez, chez les camés,le sexe n'existe pas. L'orgasme se trouve en fait dans la came affluant dans son sang. Le « point G » se trouve là et tout le reste n'est qu'ennui...

Le plaisir de l'autodestruction, le roi des loosers brille de tout son éclat et vous éblouit de tous ses crachats de cristal ; toutes les drogues nous les aimions, pas comme des orientaux expérimentés mais comme des Barbares qui s'en servaient pour aller toujours plus loin. Chanter du Iggy Pop, se foutre à poil, montrer sa bite, effrayer les petites vierges et effaroucher les grandes coincées, tout péter, vivre à cent à l'heure, se prendre les arbres et repartir.

Malheureusement, le corps humain est mal foutu et arrive un jour la mort, elle vous titille, vous test, fait tomber vos amis devant et derrière vous.

Vous êtes seul avec votre merde de constipé, un flic devant vous, dans une cage qui pue la pisse comme votre vie.

Mais je continuais à flasher encore et encore, au même rythme que mes shoots d'héroïne et ce jusqu'à épuisement des stocks.

Cette époque était magique et elle est à jamais inscrite sur négatifs, mais elle est bel et bien morte, toutes mes photos n'auront en fin de compte sauvé personne, elles reflètent simplement notre réalité quotidienne de foncedés. Certaines personnes m'ont quitté à jamais et les voir en photographie est très dur parce qu'elles me regardent dans les yeux, comme à l'époque, mais...

Je me suis fabriqué un album de souvenirs terriblement durs car il saigne encore aujourd'hui.

Exorcisme, retour à la maison, à la raison (1994 - 1995), Autoportraits thérapeutiques (1994 - 1996). Puis d'hôpitaux en commissariats, de commissariats en tribunaux, de tribunaux en cures de désintox, de cures en rechutes, de pétages de gueules en pétage de plombs, j'ai dû faire un choix : vivre vers un monde inconnu - continuer la défonce vers la mort ou vers la prison.

Je me suis donc comporté en crevard et me suis expatrié en Belgique pour soi-disant apprendre la photo (ce qui m'est en fait vraiment arrivé), abandonnant ainsi toute ma vie et tous mes amis. Il me fallait survivre !!!

Mais que faire ?

Que prendre en photo ? Je décroche de la came alors je ne ris plus, je n'ai plus rien à prendre en photo à part moi, ma sale gueule de toxico, mon corps rachitique et ma haine de tout qui est encore plus forte qu'avant. Alors OK, de toute façon c'est pas évident que je m'en sorte alors autant continuer le traitement, continuer à flasher ma gueule puisque je suis tout seul. Flasher mon errance de chien perdu pour avoir le sentiment d'exister, et remonter la pente, essayer d'oublier la came même si j'étais, je suis et je serai toujours un putain de toxico. De témoin qui appuyait ma vie de fou, mon appareil photo était devenu une entité qui allait m'aider à me relever pour de bon et pour le pire : la Vie... Tous les jours je photographiais ma solitude, mon corps dont je reprenais conscience pour la première fois depuis longtemps et ce tout comme ma sexualité. Tout cela était en ébullition, j'étais une machine sous pression prête à exploser n'importe quand ; le fait de me flasher la gueule à coups de photos était pour moi une soupape de secours, une sécurité, que j'utilisais quotidiennement. Je n'étais plus vraiment seul, j'avais mon appareil, mon compagnon de route, il était mon principal médicament (parmi bien d'autres), ma thérapie !!! Incroyable : je survivais et me dressais à nouveau sur les deux jambes, fier comme un coq qui aurait gagné son plus beau combat !!!

6 x 6 ou le retour à la vie (1995 - 1997)

Le 6 X 6, je ne braque plus les gens, je les regarde dans les yeux et ce à travers le verre dépoli de mon Rolleiflex. D'antisocial P4 et toxico il fallait que je devienne sociable, voire fréquentable, cela serait tellement bien... Mais je suis toujours seul, alors qui peut m'aider à retourner vers les autres ? Mes couilles bien accrochées et mon putain d'appareil photo. Et c'est ce que je fis, avec la magie de mon 6 X 6 et une féroce envie de vivre et je sortis de ma grotte et m'en allais à la rencontre des autres, les inconnus, me refaire des amis, une vie... Et peu à peu, comme par le passé, je recommençais à prendre des gens en photo.

Je sortais toujours le soir, la nuit si belle, je ne l'avais jamais perdue. Photographier des lieux vides dans le noir qui vous font vous arrêter. Recommencer à marcher dans la ville jusqu'au prochain arrêt, à la prochaine rencontre ou au prochain endroit vide mais rempli de vie.

Errer la nuit dans la ville, dans la vie, tel était dorénavant mon comportement, un comportement assez étrange, je vous l'accorde mais tellement jouissif. Quand on erre, c'est par obligation et non par plaisir, le plaisir est dans le fait de savoir quand et où l'on part mais de ne pas savoir où cela peut nous mener : la peur de l'inconnu, la nuit, l'adrénaline de la solitude de l'être errant. Et mon Rolleiflex qui me permet d'affronter tout cela avec plaisir et nonchalance.

La douce sensation que rien ne pouvait m'arriver grâce à mon appareil.

Et le monde que je voyais à travers le verre dépoli du viseur était magnifique. Alors ça y est, j'étais en vie ? J'avais un rôle dans cette foutue société !!!

Je sais à nouveau communiquer et c'est cela qui me fait vivre !!!

Malgré tout, ma haine ne m'a pas quitté ; j'ai vu trop de choses, j'ai ressenti trop de sensations pour en rester là. Il me faut continuer la route, l'errance et peut être un jour quitter la solitude de l'écorché... Etre avec quelqu'un de physique.. ; Mais le problème est que je suis marié à jamais à mon passé de tueur... Alors je vais continuer à déranger en montrant ce que l'on ne veut pas voir ! Je me fous du politiquement correct et de tout ce qui est tendance !!! (...) Alors pour tous ceux qui sont morts ou en sursis, je me dois de ne pas lâcher l'affaire mais de continuer à les faire exister à jamais et pour toujours dans mon travail. Qu'ils soient aussi fiers de moi que je l'étais d'eux !!! (Et ce jusqu'à ce que la grande faucheuse vienne s'occuper de moi... le plus tard possible, que je puisse faire un vieux bien chiant, inch Allah.)

Légendes des photos

Photo page 13

Toutes mes photos n'auront en fin de compte sauvé personne, elles reflètent simplement notre réalité quotidienne de foncedés...

Photo page 14

J'adorais me droguer, faire l'amour à mon héroïne, seul, en groupe, en kit, tout le temps.

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Toutes les drogues nous les aimions, pas comme des orientaux expérimentés mais comme des Barbares qui s'en servaient pour aller toujours plus loin.

Photo page 15 bas

La mort était toujours présente, mais nous donnait la sensation d'être non plus des humains mais des Anges Intouchables.

Photo page 16

Je me suis fabriqué un album de souvenirs terriblement durs car il saigne encore aujourd'hui.

Photo page 17 haut

Je n'ai plus rien à prendre en photo à part moi, ma sale gueule de toxico, mon corps rachitique et ma haine de tout qui est encore plus forte qu'avant.

Photo page 17 bas

Malheureusement, le corps humain est mal foutu et arrive un jour la mort, elle vous titille, vous teste, fait tomber vos amis devant et derrière vous.

Photo page 18 haut

J'ai dû faire un choix : vivre vers un monde inconnu - continuer la défonce vers la mort ou vers la prison.

Photo page 18 bas

J'ai vu trop de choses, j'ai ressenti trop de sensations pour en rester là. Il me faut continuer la route, l'errance et peut être un jour quitter la solitude de l'écorché...