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Politique / Santé publique

L'hôpital psychiatrique : nouvelle offensive sécuritaire

Les professionnels de la psychiatrie publique s’étaient mobilisés en 2006, dans le cadre du projet de loi de prévention de la délinquance, et avaient contribué au rejet des articles 18 à 24 portant sur l’hospitalisation d’office. Il ne leur reste plus qu’à recommencer !

En effet, trois semaines après le meurtre commis à Grenoble par une personne soignée pour schizophrénie qui était sortie sans permission du parc de l’HP, le souverain présidentiel a annoncé un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques accompagné d’une réforme de l’hospitalisation d’office. Et c’est la plus grande partie des articles susmentionnés qui tente de faire retour par la fenêtre… Quelle surprise !

Bien évidemment, le discours sécuritaire habituel venait justifier les mesures présentées : « J’ai été choqué par cette affaire. Voilà une personne éminemment dangereuse qui bénéficiait pourtant de deux sorties par semaine ! (…) Mon propos n’est pas de dire que la seule solution est l’enfermement à vie (…). Mais l’espérance parfois ténue d’un retour à la vie normale ne peut primer sur la protection de nos concitoyens. Mettez-vous à ma place ! Je dois répondre à l’attente des familles et des victimes. » Avec référence obligée aux victimes.

Les mesures envisagées par le Présidentissime concernent le renforcement de « la sécurité et la protection » dans les établissements. Il s’agit, pour un montant de 30 millions d’euros, d’améliorer les enceintes et les bâtiments, de créer dans chaque hôpital au moins une unité fermée, équipée en vidéosurveillance, d’aménager 200 chambres d'isolement supplémentaires pour les patients susceptibles d'accès de violence envers le personnel. Enfin, « certains patients hospitalisés sans leur consentement seront équipés d’un dispositif de géo-localisation, capable de déclencher l’alerte en cas de fugue. »

De plus, 40 millions seront consacrés à la construction de quatre UMD (unités pour malades difficiles), de 40 lits chacune, qui viendront s’ajouter aux cinq déjà existantes.

La seconde partie du projet consiste à réformer la loi du 27 juin 1990 régissant les hospitalisations sans consentement, notamment en durcissant les conditions de sortie, que celle-ci soit à l’essai ou définitive. « L'avis des experts est indispensable, a déclaré l’Elite élyséenne, mais la décision, ce doit être l'Etat et, dans certain cas, la justice. » A aussi été annoncée l’instauration de « soins ambulatoires sans consentement » : l'objectif est de contraindre les patients à suivre leur traitement médicamenteux après leur sortie.

Et pour clore ce plan ambitieux en matière de qualité des soins, l’intention de créer un fichier des patients hospitalisés d’office a été réaffirmée, avec, bien sûr, « un secret médical respecté de la façon la plus stricte ».

Ce que le pouvoir veut accroître, c’est la carcéralisation et le contrôle de l’hôpital psychiatrique, alors que parallèlement le processus de psychiatrisation de la prison s’accélère, avec, comme dernière sinistre invention, la rétention de sûreté, contre laquelle des psychiatres se sont récemment mobilisés(1).

Au bout du compte, il s’agit de durcir au maximum les dispositifs existant, pour optimiser leurs capacités de rétention, de relégation, d’exclusion, d’élimination. Face à cela, le respect des droits du prisonnier, sa (ré)insertion, et les soins de la personne souffrant de troubles psychiques graves ne peuvent être que quantités négligeables.

(1) Voir le texte « Pétition contre la rétention de sûreté ».