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Justice - PrisonRésistance contre toutes les prisonsLa géographie de ce quartier de Foix est à l’image de ce monde : une gendarmerie, un supermarché, un stade, un cimetière, une salle de spectacle, une maison d’arrêt. Un espace pour le contrôle, un autre pour consommer, un autre pour jouer, un pour enterrer, un autre pour divertir ; un dernier pour enfermer. Que le festival de cinéma militant Résistance décide enfin de s’intéresser « aux frontières et aux murs » pourrait sembler être une bonne chose… Sauf que regarder des films sur la prison – quand bien même ils seraient bons – à moins de dix mètres d’une prison nous laisse un goût amer dans la bouche. C’est contribuer une fois de plus à faire de la prison une réalité séparée, hors du monde : d’un côté des militants que la prison « indigne parce qu’elle ne respecte pas les droits de l’homme », de l’autre des prisonniers qui restent des « délinquants qui doivent s’amender », des « déviants dont la société devrait se prémunir d’une autre manière », des individus qui « tout de même, doivent être gérés ». Un des problèmes actuels n’est pas tant l’absence de débat au sujet de l’horreur carcérale que les points de vue d’humanistes, de sociologues ou de travailleurs sociaux qui défendent l’idée d’un enfermement à visage humain. Le débat d’aujourd’hui feignant d’opposer – pour mieux réunir – Gaby Mouesca, ex-prisonnier, ex-président de l’OIP (Observatoire international des prisons) et la secrétaire nationale de la CGT pénitentiaire, contribue en réalité à mettre sur un même plan la « nécessaire amélioration des droits des personnes détenues » et la « reconnaissance du personnel pénitentiaire ». Il devrait pourtant paraître évident à tout le monde que ces deux catégories de personnes – que l’on ose même plus simplement appeler « prisonniers » et « matons » – ne « vivent » pas la même prison et n’ont manifestement pas les mêmes intérets à défendre. Nous ne pouvons pas discuter avec un représentant de l’administration pénitentiaire, même « de gauche ». Qu’il démissionne, on verra ensuite. Si les prisons sont pourries, si les prisonniers sont entassés, c’est parce qu’il doit en être ainsi : la justice enferme toujours plus et de plus en plus longtemps. L’enfermement carcéral doit faire peur et servir de repoussoir. Toujours dans un coin de nos crânes, il est bien plus qu’un simple moment du contrôle, qu’une simple répression des actes interdits ; c’est le ciment nécessaire à l’Etat pour permettre au capitalisme de se développer toujours plus. Toute « amélioration des conditions de détention » se traduira systématiquement par plus de places de prison et plus de gens enfermés dans des taules spécialisées : des prisons toutes neuves, propres et aseptisées où l’isolement remplace la promiscuité ; des prisons de haute sécurité pour enfermer à vie et écraser toute volonté de révolte ; des prisons pour étrangers en attente d’être expulsés ; des prisons pour enfants avec éduc, sport et maton ; des « hôpitaux-prisons » et des « prisons-hôpitaux » pour les désignés fous ; de soi-disant « prisons light » pour les nouveaux « délinquants routiers » ; des prisons pour vieux avec accès handicapés ; des « centres de rétention de sûreté » pour enfermer à vie après la peine etc. Nous avons décidé de nous installer dans la rue, le plus près possible de la maison d’arrêt de Foix, pour passer la journée entre intérieur et extérieur. Pour faire exister un peu plus encore la prison, dans sa réalité quotidienne, sa banalité, sa proximité. Pour regarder ensemble, et pas seulement en images, ses murs gris, ses miradors, ses barbelés derrière lesquels des hommes en enferment d’autres, où des pauvres en gardent d’autres. Parce que nous savons que nous sommes tous des anciens ou futurs prisonniers et parce que nous savons que dehors aussi nous sommes pris dans d’autre types d’enfermements. Nous ne faisons pas acte de charité en partageant avec quiconque ayant un proche en prison une part de tarte, un café, un verre de jus de pomme que nous avons pressé ou un coup de gnôle. Nous ne sommes pas les porte-parole de ceux que la société relègue au rang de muets sociaux : des prisonniers écrivent, réfléchissent, résistent, se révoltent. Nous voulons simplement – aujourd’hui par notre présence bruyante et le reste du temps par d’autres moyens –, nous battre avec eux et leurs proches. Leur témoigner notre solidarité contre ce monde et ses enfermements. Faire sortir des paroles, des récits, des témoignages, échanger autour et contre les prisons, c’est aussi un moyen de moins se laisser terroriser par elles. Quelques ex/futurs prisonniers, Foix, le 4 juillet |