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Société

Rupture démocratique face à l’opacité nucléaire !

Vu à la télévision, le 13 octobre 2009 : le documentaire Déchets, le cauchemar du nucléaire, de Laure Noualhat et Eric Guéret.

D’abord, le titre du documentaire diffusé sur Arte ce mardi : Déchets, le cauchemar du nucléaire. Bien choisi, car les déchets sont bel et bien un des talons d’Achille du nucléaire, à côté du risque d’accident. Avec cette question de fond : peut-on, ou pas, léguer aux futures générations des déchets extrêmement nocifs, d’une durée de vie allant pour certains jusqu’à plusieurs milliers d’années ?

De longue date, les uns estiment que les incertitudes sur la capacité de la recherche à trouver des solutions sont rédhibitoires ; d’autres pensent raisonnable de miser sur des avancées permettant de limiter considérablement la production et la nocivité des déchets et à termes de les retraiter entièrement. Les premiers dénoncent l’irresponsabilité des "nucléocrates" tandis que les autres mettent en garde contre la diabolisation et la manipulation par la peur. La passion est telle qu’il est parfois impossible de faire entendre une autre musique.

Une autre musique réfuterait d’abord un débat centré exclusivement sur le nucléaire pour évoquer les besoins énergétiques des sociétés – tout en passant la notion de besoin au crible de la critique du productivisme et du consumérisme – et pour critiquer la religion de la croissance à tout prix. Elle évoquerait le nucléaire parmi d’autres énergies qui ont aussi des effets sur l’environnement, en particulier sur le réchauffement climatique. Elle chercherait à énoncer une visée : celle, bien sûr, d’un monde débarrassé de toutes les nuisances pour l’environnement et pour l’homme, mais aussi, celle qui énoncerait que les choix de société doivent être des choix de la société.

Ce mardi soir, allait-on avoir un plaidoyer antinucléaire, réclamant d’en sortir au plus vite ? Une démonstration de bonne gestion par les autorités compétentes ? Un exposé pour documenter les points de vue et que chacun se fasse son opinion ? Ce fut un peu des trois. Et on a surtout perçu l’enjeu central d’une rupture démocratique.

Outre les exemples édifiants récemment médiatisés, on souligne la démonstration d’opacité que viennent de faire les dirigeants de l’industrie nucléaire et la secrétaire d’Etat à l’écologie, Chantal Jouanno : les dirigeants d’EDF et d’Areva indiquaient cette semaine que les déchets radioactifs envoyés en Russie étaient destinés à être retraités, c’est-à-dire enrichis avant de revenir en France, tandis que la ministre du développement durable parlait devant l’Assemblée nationale d’un «manque d’éléments». Aussi sourit-on quand les dirigeants de l’industrie nucléaire parlent aujourd’hui, comme Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva, de «manque de transparence historique» (sous entendu appartenant au passé), du «droit de savoir» et du nécessaire «débat» car il n’existe «pas de tabou» ! Encore faut-il souligner que les postures publiques d’aujourd’hui sont le résultat direct de l’action politique menée depuis 30 ans par des acteurs de la société civile.

La démocratie donc… mais cela n’épuise pas la question. Les uns pensent que le défaut de transparence est consubstantiel au choix de recourir à l’atome, qu’un choix démocratique vraiment éclairé l’aurait nécessairement banni ; d’autres pensent qu’une démocratisation radicale est possible, aboutissant à un choix partagé. En réalité, le débat ne fait que commencer : est-il permis d’écrire que personne ne sait à quoi aboutirait un débat public digne de ce nom, c’est-à-dire dont le peuple n’aurait été dépossédé par personne...