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Politique / SociétéAndré Gérin et la burqa : une histoire (de plus en plus) compliquéeLe suspens est à son comble. Tout le monde se demande si le député André Gérin (PCF - orthodoxe) va finalement être favorable à une loi pour l’interdiction du voile intégral. Sera-t-il en accord avec Jean-François Copé, qui s’est prononcé en faveur d’une «loi d’interdiction»(1), prévue pour être déposée dans la première quinzaine de janvier, ou va-t-il mettre en sourdine sa dérive - démagogique, sécuritaire - des derniers mois ? Quoi qu’il en soit, comme Combatenligne l’avait pressenti, la mission parlementaire créée à son initiative, avec la complicité de son ami le député UMP Eric Raoult, qui en est le rapporteur, a en tous cas pleinement participé au rebond de l’instrumentalisation politicienne du péril « insécurité-arabe-immigration ». On connaît ça depuis Mitterrand et le milieu des années 80, mais certains feignent de s’en offusquer à quelques semaines des élections régionales. Loin du tumulte médiatique (sans blague !), la Mission parlementaire a poursuivi ses auditions jusqu’à la mi-décembre, mettant soi-disant sur la « sellette » (sic) trois ministres. Messieurs Hortefeux, Darcos et Besson eurent ainsi tout loisir de disserter sur l’avenir de la République et la liberté d’opinion, faisant part de leurs intenses soucis de ne stigmatiser «ni une religion ni une population», distinguant entre les communautés qui permettent «un partage de valeurs» du communautarisme qui conduit «à un repli sur soi»... Blablabla, ils ont rouvert la boîte de Pandore, espérant siphonner les anciennes voix du FN ; les autres considérations sont de l’habillage digne de Tartuffe : «L’hypocrisie est un vice à la mode». Et voilà envisagée l’hypothèse que soit diffusé bientôt « un texte fort, rappelant les principes de la République et du vivre ensemble, porté par la représentation nationale unanime et diffusé dans le corps social par voie de circulaires». Pourquoi pas, en effet, l’adoption «unanime» d’une telle «résolution» ? Nous proposons de réaliser cet acte de foi entre deux tours des élections régionales ! Oui, vite, que les élus s’adressent au peuple par voie de circulaire !
Mais alors, faut-il une loi, ou pas ? Le moins qu’on puisse dire, c’est que légiférer sur ce sujet sera(it) difficile. Il faudrait, par exemple, «pour déjouer les écueils juridiques (…) consulter le Conseil d’Etat» : judicieuse proposition, à laquelle personne n’aurait pensé ! Et on devrait faire preuve de créativité : «On peut imaginer l’obligation d’avoir la tête nue et le visage découvert pour des motifs de sécurité publique». Ainsi voit-on qu’au-delà du cas des femmes portant le voile intégral s’envisage maintenant, pour éviter la censure liée à une mesure juridiquement considérée discriminatoire, une mesure concernant toute la population. Le transfuge du PS Eric Besson préconise lui la prohibition générale du voile intégral. Et quand lors d’une nouvelle journée d’audition, Bertrand Louvel, président de chambre, et Cécile Petit, premier avocat général à la Cour de cassation, évoquent les difficultés juridiques de la mise en oeuvre d’une loi, au nom de la liberté de se vêtir et du devoir de neutralité de l’Etat, la conclusion – on lit dans les comptes rendus des auditions de la Mission que «la liberté peut être restreinte eu égard aux droits et libertés d’autrui et que, d’autre part, la liberté religieuse peut être encadrée en vertu d’un bon fonctionnement du pluralisme». Encadrement, restriction, prohibition, contrôle, sanction… c’est ce qu’on appelle une action publique centrée sur l’émancipation des personnes. (1) JF Copé s’attribue la constitution «dès le 23 juin dernier, [d']un groupe de parlementaires chargé de mener une réflexion sur la pratique du port du voile intégral sur notre territoire national». Il s’agit de la Mission parlementaire présidée par André Gérin. Et le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale d’expliquer : «Après six mois de travail et l’audition de très nombreuses personnalités, religieuses ou laïques, je suis persuadé que le temps de la décision politique est venu. (…) En tant que législateurs, avec un grand nombre de mes collègues députés, nous considérons qu?il y a des fondements juridiques solides pour justifier une interdiction et que pour cela, une loi est indispensable». |