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Justice - Prison

Face à la prison mortifère, l’action bling bling

Selon le ministère de la justice et des libertés (carcérales ?)(1), 115 prisonniers seraient morts par suicide en 2009, contre 109 en 2008. Et en incluant les personnes en semi-liberté, en permission de sortie, en hospitalisation ou sous bracelet électronique, le ministère atteint le nombre de 122 suicides, contre 115 en 2008. Précisons d’emblée que l’Observatoire des suicides dans les prisons françaises mis en place par l’association Ban public (2) n’est pas parvenu aux mêmes résultats : ce sont 139 suicides et morts suspectes qui ont été portés à sa connaissance en 2009.

Le sinistre chiffre officiel a été repris par les médias, soit brièvement, soit avec quelques commentaires collés aux chiffres, aucune analyse de fond, aucune réflexion sur le système judiciaire et carcéral. Comme si cette réalité, la prison tue, devait être banalisée. Comme si on ne devait parler que de quelques variations de nombres. Seule attitude possible quand, au bout du comptage, il ne s’agit que de continuer à tolérer l’intolérable.

Les dignes tolérants de l’inacceptable ont vu cette fois leur tâche facilitée, leur peu d’attention divertie par la prestation spectaculaire d’un Pierre Botton, fraîchement bombardé chargé de mission sur les conditions de détention. Botton, qui du haut d’une association créée trois jours plus tôt, « Prisons du cœur » [sic], a déclaré : « Je pense qu’il faut maintenant être concret. Il faut passer à l’action. (…). Je veux m'occuper surtout des gens qui sont en prison pour la première fois »

Une série d’initiatives proposées par « Prisons du cœur » vont être expérimentées dès maintenant – il faut montrer que l’on agit avec la plus grande rapidité – à la maison d’arrêt de Nanterre. Citons-en quelques-unes (3) : devant les cellules d'accueil, lors du premier contact donc avec la prison, un écran diffusera désormais en permanence, et en plusieurs langues, un message expliquant les conditions de fouille au corps et des éléments du code de procédure. Autre initiative : en arrivant à son premier parloir, le détenu trouvera une bouteille de parfum sans alcool, afin qu'il sente bon en retrouvant sa famille. Et pour clore ce florilège du cœur : pour améliorer la « compréhension de la peine » un feuilleton sera diffusé pendant la mi-temps des matchs de foot. No comment.

Botton, l’homme providentiel, nouveau chargé… de faire illusion. Et puis un Botton est infiniment plus gérable qu’un Albrand (4), capable de dire publiquement – certes parmi d’autres propos beaucoup moins recommandables – quelques vérités désagréables aux oreilles ministérielles : « On condamne chaque année impunément cent quarante jeunes – puisqu’il s’agit de jeunes de trente ans en moyenne – cent quarante jeunes à mort, qui meurent en prison alors que la prison n’est pas là pour y mourir, donc cela équivaut à une véritable condamnation à mort (…) » « Il y a un problème chronique, structurel. Tant qu'on n'aura pas changé cette culture pénitentiaire de la punition, pour une culture de réinsertion, on aura en France des taux de suicide conséquents »

En 1972, Michel Foucault écrivait : « Tout le système pénal est au fond orienté vers la mort et régi par elle. (…). La prison n’est pas l’alternative à la mort, elle porte la mort avec elle. »(5) Année après année, démonstration en est faite. Le problème est là, et non dans l’emballement de la machine de mort.

1 Conférence de presse "politique pénitentiaire", 18 janvier 2010.

2 Sur le site prison.eu.org • Document à téléchargerbanpublic_bilan.suicides.en.prison2009.pdf

3 Sources : rue89.

4 Lire sur ce site « Suicides en prison : Alliot-Marie passe à l’action, à huis clos », 11 août 2009 et « Face à la prison mortifère, un catalogue de mesurettes », 25 août 2009.

5 « Les deux morts de Pompidou », Dits et écrits I, p 1254.