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Société / Corps et pouvoir

À voir : Les Travailleu(r)ses du sexe (et fières de l’être)

Un documentaire de Jean-Michel Carré

Sofia, juriste, prostituée : « Toute la société pratique une prostitution voulue ou non voulue. Toute la société, quelle qu’elle soit. À tous les niveaux que ce soit, tout le monde se vend, se prostitue d’une façon ou d’une autre. Mais là bien sûr, là, c’est honorable, c’est noble. »

Loin des discours de l’ordre moral, loin des tabous, loin de l’hypocrisie, contre la loi de « sécurité intérieure » de 2003, contre l’anathème jeté par les féministes anti-mecs, Jean-Michel Carré donne principalement à entendre les témoignages de travailleu(r)ses du sexe, des femmes pour la plupart, mais aussi de deux clients, dont l’un est infirme moteur cérébral.

Un des principaux mérites du film est d’amener à la question – même si elle n’est pas directement posée – de la répression générale de la sexualité. Avec pour corollaire, la pauvreté et la misère sexuelle (1). Et si la prostitution est réprimée, c’est entre autres parce qu’elle est, dans certaines de ses pratiques, subversive. Remettant en question la répression de la sexualité, elle participe à sa libération !

« Mon corps n’est pas un tabernacle ! Pour moi, mon sexe n’est pas sacré, ça ne vient pas du divin, ce n’est pas fait que pour avoir des enfants, ou faire l’amour par désir pour l’homme que j’aime. » (Sonia, prostituée à Bruxelles).

Et par cela cette prostitution s'oppose à la pseudo libération sexuelle qui n'a d'autre but que faire du fric par la production d'objets – dits érotiques – de consommation (objets manufacturés et spectacles)... Mais que le fric soit roi là ne choque personne ou presque, par contre le fric en jeu dans la relation travailleu(r)se/client choque la majorité des braves gens...

Dans cette logique de réflexion, l'hôtesse de bar et la "danseuse" suggestive de boîtes de sexe s'opposent à la travailleuse du sexe indépendante... Les premières ne font qu'être exploitées dans des industries qui fonctionnent sur la répression sociale du sexe, la seconde fonctionne peut-être aussi sur la répression sociale du sexe mais en en changeant quelque chose par sa pratique...

Jean-Luc Guilhem

(1) Oui, Reich est mort et plus à la mode intellectuelle... La belle affaire !

Quelques slogans, parmi d’autres, vus ou entendus lors de la Pute Pride, dont Jean-Michel Carré reprend quelques images : « Je préfère vendre mes charmes pour du pognon que vendre mon âme à un patron ! » « Plus de caresses, moins de CRS ! » « Sarkozy, retire-toi, tu fais mal ! » « Racolage passif = répression active »

Note de distribution du film :

«Rendez-nous nos trottoirs» est un slogan entendu sur les manifestations de défense des droits des travailleuses du sexe. Il y a dans la chaleur et la virulence du débat un noeud, un problème que la question de la prostitution, la location du corps, le service sexuel incarne tant et tant que ces putes-là sont niées, repoussées, dissimulées...

Pourquoi? Pourquoi le sexe, sa marchandisation est-elle tellement stigmatisée dans une société où tout se vend, s'achète sous les auspices gracieux des lois du marché?

«Rendez nous notre débat» voulons-nous sans doute scander à travers la sortie de ce film en salles. Le sexe/la sexualité et son accès, son devenir dans notre société, celle-là même où il paraît que nous sommes libéré(e)s, est une clef incontournable de compréhension de comment nous vivons et ce que nous voulons pour notre projet d'avenir en commun. De quelle subversion si profonde et puissante est nourrie la parole de ces travailleu(r)ses? Si le film a été diffusé à la télévision en mars 2009, nous pensons que cela n'est pas suffisant et que le débat doit être public, que ces paroles-là doivent être entendues, partagées et questionnées. Et parce que le pouvoir s'emploie avec tant d'ardeur à les cacher, nous leur devons au moins ça, les écouter et les voir sur grand écran...