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CONTRE TOUTES LES DOMINATIONS

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Philosophie politique / Sociologie

"De la critique" : un ouvrage de Luc Boltanski

Dans ce «précis de sociologie de l’émancipation» (intitulé du sous-titre de l’ouvrage), Luc Boltanski s’attache à comparer les deux orientations de la sociologie en France depuis quarante ans : la sociologie critique, qui doit beaucoup à Pierre Bourdieu, et la sociologie pragmatique de la critique, que l’auteur a fortement contribué à forger dans les années 80 et 90.

Dans la première, écrit-il, «la description en termes de rapports de forces met l’accent sur la puissance des mécanismes d’oppression, sur la façon dont les opprimés les subissent passivement, allant, dans leur aliénation, jusqu’à adopter les valeurs, intériorisées sous la forme d’idéologies, qui les asservissent». La sociologique pragmatique, elle, «décrit les actions d’hommes révoltés mais doués de raison, porte l’accent sur leur capacité, dans certaines conditions historiques, à se lever contre leur domination, à forger des interprétations nouvelles de la réalité au service d’une activité critique». Boltanski esquisse un dépassement du clivage entre les deux approches, ce qui le conduit à revisiter des concepts centraux en sociologie : critique, réalité sociale, institution…

L’auteur plaide notamment pour une nouvelle élaboration du concept de domination, qu’il considère comme «trop vague» et «trop puissant» (curieux jugement), et auquel il reproche surtout d’être - disons - excessivement abstrait. Il fournit moins une réponse qu’une riche série de pistes à défricher.

En conclusion, Luc Boltanski évoque l’enjeu central de «l’abandon total» ou de la «profonde transformation» de l’Etat, soulignant que «le capitalisme a toujours eu partie liée avec l’Etat» et voulant espérer que «la perte de confiance dans l’Etat aurait au moins pour vertu de mettre le capitalisme à nu». Ainsi, l’objectif du mouvement à développer est de substituer à l’Etat des «formes moins violentes d’utilisation des ressources terrestres» et des «façons d’agencer les relations entre les êtres humains qui ne seraient plus de l’ordre de l’exploitation», mouvement qui «pourrait peut-être alors rendre au mot de communisme – devenu presque imprononçable – une orientation émancipatrice que lui ont fait perdre des décennies de capitalisme d’Etat et de violence totalitaire». Ce livre vaut d’être lu, critiqué, travaillé.

De la critique, Luc Boltanski, Gallimard, 2009, 294 p., 19,90 €.