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Monde / Sida

Sida : solidarité ou profits ?

A l'occasion de la journée mondiale contre le sida, ONUSIDA a une nouvelle fois souligné la nécessité d’un engagement politique mondial fort pour contraindre les firmes pharmaceutiques à généraliser l’accès des malades aux traitements et sauver 15 millions de vies d’ici 2025.

Le programme commun des nations unies contre le sida, ONUSIDA, vient de publier son rapport annuel : 33,3 millions de personnes vivent avec le VIH à l’échelle de la planète ; 2,6 millions personnes ont été nouvellement infectées en 2009 ; 1,8 million de personnes sont mortes du sida l’an passé. Le poids de l’Afrique subsaharienne reste prépondérant : 22,5 millions de personnes y sont infectés (68 % des cas mondiaux), soit une prévalence estimée à 5 % chez les adultes.

L'épidémie mondiale du sida

En 2009, le nombre de nouvelles infections s’est établi à 2,6 millions [entre 2,3 millions et 2,8 millions], en recul par rapport aux 3,1 millions [2,9 millions – 3,4 millions] de 1999.

En 2009, le nombre de décès liés au sida s’est établi à 1,8 million [1,6 million – 2,1 millions], en recul par rapport aux 2,1 millions [1,9 million – 2,3 millions] de 2004.

En 2009, on estimait à 33,3 millions environ [31,4 millions – 35,3 millions] le nombre de personnes vivant avec le VIH, contre 26,2 millions [24,6 millions – 27,8 millions] en 1999.

En 2009, 370 000 [230 000–510 000] enfants environ sont nés avec le VIH, portant à 2,5 millions [1,6 million – 3,4 millions] le nombre total d’enfants (-15 ans) séropositifs.

Le nombre total d’enfants âgés à 0 à 17 ans qui ont perdu leurs parents à cause du VIH a augmenté à 16,6 millions [14,4 millions – 18,8 millions] en 2009.

Depuis le début de l’épidémie, plus de 60 millions de personnes ont été infectées par le VIH et près de 30 millions de personnes sont décédées de causes liées au virus.

Un décès sur quatre lié au sida est dû à la tuberculose, maladie évitable et guérissable.

Source : ONUSIDA, rapport 2010.

Les épidémiologistes constatent une véritable « explosion des cas en Europe orientale et en Asie centrale ». Le nombre de cas y a été triplé en dix ans et le nombre de décès a quadruplé dans la même période. La Russie concentre a elle seule neuf dixième des nouvelles infections déclarées dans cette région du monde, en lien avec le partage des seringues usagers, la prostitution et les rapports homosexuels à risques. Cependant, données clefs de l’épidémie depuis ses débuts, la part des femmes de 15 à 24 ans parmi les personnes atteintes reste majoritaire sur presque tous les continents et les rapports hétérosexuels sont toujours le mode de transmission le plus fréquent.

Une mobilisation insuffisante des Etats...

Ces chiffres disent la persistance de la pandémie et l’insuffisance de la mobilisation pour combattre l’épidémie. Ainsi, du côté des réponses thérapeutiques, une forte majorité (64 %) des malades qui en auraient besoin n’accèdent pas à une thérapie antirétrovirale. A lui seul ce chiffre suffit à démasquer l’auto-satisfaction de certains sur les « immenses progrès » de la lutte contre le sida au cours des dernières années. Si le nombre de malades sous traitement a augmenté de 30 % entre 2008 et 2009, c’est une progression beaucoup plus importante qui est nécessaire en proportion.

La réalité est que le seul défi qui vaille en la matière, à savoir l’accès universel aux moyens de se soigner, n’est pas relevé par la communauté internationale. On peut d’ailleurs s’interroger sur la mise en exergue insistante de la courbe générale de l’épidémie (le nombre de personnes séropositives), qui se stabilise d’une part du fait de la diminution du nombre de nouveaux cas, d’autre part du fait du nombre toujours considérable de décès (même s’il a diminué 2,1 millions en 2004 à 1,8 million d’aujourd’hui).

Les responsabilités de l’industrie pharmaceutique et du marché

Un autre problème concerne les cinq millions de malades ayant accédé au cours des dix dernières années à des traitements de première génération, qui sont confrontés aux résistances et mutations du virus. Pour le moment, les coûts des traitements de deuxième et troisième générations en interdisent l’accès aux pays pauvres. Et revoilà le même enjeu qu’il y a une décennie : il faut un rapport de force international pour contraindre l’industrie pharmaceutique à diminuer considérablement ses prix. Le temps perdu parce que les pays riches ne mènent pas ce combat au niveau nécessaire risque de se compter en centaines de milliers de vies perdues, alors que les traitements permettent désormais dans les pays du nord de traiter le VIH comme une maladie chronique.

Affiche de la manifestation du 1er décembre 2010, Paris.
Affiche de la manifestation du 1er décembre 2010, Paris.

Or, Michel Sidibé, le directeur ONUSIDA, souligne qu’il est possible d’avoir rapidement des avancées de la recherche permettant de « produire une pilule moins toxique, plus simple à administrer, efficace plus longtemps, à un prix qui soit supportable pour les pays pauvre». Et d’expliquer dans Le Monde que c’est ailleurs que le bât blesse : «La science est déjà là. Ce qui ne l’est pas, c’est le marché», avant de faire miroiter «une opportunité», car le « marché pour ce nouveau traitement serait à la fois plus large et plus équitable que le marché actuel». Il estime que 15 millions de personnes pourraient être sauvées d’ici 2025.

Globaliser les enjeux

Concernant la mobilisation financière des Etats, ONUSIDA estime à « 15,9 milliards de dollars le montant disponible pour la riposte au sida, soit 10 milliards de moins que les 26,8 milliards nécessaires pour financer les services de prise en charge du VIH en 2010 ». Et complète : «Les montants décaissés par les gouvernements donateurs pour la riposte au sida ont atteint 7,6 milliards en 2009, c'est-à-dire moins que les 7,7 milliards disponibles en 2008».

Là s’arrête le plaidoyer des spécialistes Onusiens du sida, et c’est bien dommage car il y manque la nécessité de ponts entre la lutte contre le sida et les grands enjeux de santé posés à l’échelle de la planète. Ce faisant, la création d’un droit universel à des services publics de santé (articulant les aspects préventifs et curatifs), qui suppose le développement de systèmes de sécurité sociale, reste minorée quand elle devrait être au cœur du combat.

Rappelons enfin que, quelles que soient les pandémies, qui concernent des centaines de millions de citoyens du globe, les éléments épidémiologiques ne disent pas l’immense cortège des souffrances et discriminations qui leurs sont liées, ni l’ampleur de leurs effets sur les sociétés.

Rapport complet en ligne sur unaids.org (indisponible en français, malheureusement) ainsi que de nombreux résumés et données épidémiologiques.