| La charte du site | Notre équipe | Plan du site | Nous joindre | Ecrire, participer | Liens |
|
|
CONTRE TOUTES LES DOMINATIONS |
|
|
PsychiatrieTrouver une unité…Où se donne à entendre une expérience – de vie – de la psychiatrisation. Monsieur André Bitton (1), Je vous ai écouté sur Radio Libertaire (une émission de Ras-les-murs rediffusée à l’Entonnoir) et j’ai été enthousiasmé par votre argumentation, votre détermination, touché par votre humanité, vos paroles bien pesées qui s’articulaient dans une dénonciation calme et mesurée de la psychiatrie. De plus, de par votre parcours, votre vécu, et son inscription dans votre vie sociale, votre positionnement prend tout son éclat et répond à ma propre volonté de porter ma voix dans l’espace public (pour comprendre/détourner le sens bourgeois de la dichotomie espace privé/espace public, où l’on nous enferme, cela en sachant que les classes sociales ne se rencontrent jamais, tandis que des murs dans nos sociétés d’abondance renferment des populations d’indésirables…) ; mais répond aussi à la nécessité de me réapproprier ma propre histoire (travail permanent élaboré en contre point des dossiers médicaux où est consigné arbitrairement un flot d’inepties sur nos vies) ; de dénoncer les injustices flagrantes dont j’ai été témoin (j’ai un parcours de psychiatrisé, mais pas que cela…), et en tant que personne consciente, passée par des expériences traumatisantes (qui sont des défis à soi-même afin de connaître des naissances symboliques, des naissances à l’envers), vécues pleinement pour politiser en soi l’être qui est dépourvu de véritable droit en structure psychiatrique, et qui passe pour un extraterrestre lorsqu’il exprime une opinion ou bien emploie des métaphores ou des analogies… …et celles-ci lui coûteront très cher et le feront passer pour délirant aux yeux de ceux qui demeurent les Gestionnaires et les Garants idéologiques de l’Ordre Moral, car vous savez je n’exagère en rien : en psychiatrie les individus sont condamnés à taire en eux leur sensibilité, leurs rêves, leurs espoirs etc… et leur esprit de contestation peut se transformer en rage aveugle sous le poids du déni et des soins non consentis ; alors que face à eux ce sont les dysfonctionnements de l’Institution, le secret des dossiers… qui pèsent lourd, et le mensonge, la négation, voire le manque d’attentions… enferment peu à peu toute sensation de vouloir exister, en un formidable cauchemar d’être (dans la vision du paradis perdu…)… …parce que l’hôpital et son personnel n’ont pas de réponse à la souffrance sociale… qui a ses marqueurs… et qui est une résultante dramatique (logique) de la politique structurelle, centralisée du Gouvernement : le système étatique n’a aucune approche humaine de la folie : il prône le Développement Economique, il est maître dans l’art et stratège des plans de rigueur, il gère les existences comme des Ressources Humaines, comme un capital humain inépuisable, entraîné à ne pas désobéir… et cela se répercute dans la vie de tous les jours des hôpitaux et des prisons (chacun peut multiplier les exemples), car le management des corps et des affects n’a aucun débouché sur le plan des relations humaines… il peut provoquer des dépressions, de la violence et des suicides… Et très tôt je suis entré en lutte (dès la porte refermée sur moi de mon Asile de misère, quand je n’avais que 19 ans et la vie devant moi), découvrant la relégation et les manques de moyens humains et financiers dans l’Institution, mais en plus je commençais à peine à pénétrer les univers psychiques séparant hiérarchiquement les « soignants » des « soignés », quand les premiers sont si rigides qu’ils projettent sur nous leur impuissance à saisir (humainement) que nous sommes faits de subjectivité, et que eux participent aux phantasmes de l’obsession sécuritaire (la contestent-ils ?) et ils infantilisent des adultes, et pire encore la majorité du personnel psychiatrique n’est pas politisée et voit d’un mauvais œil tout désir émergeant d’émancipation… car ce désir qui-se-construit va à l’encontre des projets officiels, et remet en question le fonctionnement des Institutions, provoque des amorces de débats d’idées, ce désir est facteur d’autogestion ; les psychiatres le refusent, les infirmières les suivent et participent au sabotage… Mais en plus, pourquoi m’avoir assommé – nous avoir assommés – de tant de neuroleptiques, sans même engager de réflexion, dés le début, sur la manière dont ces psychotropes agissent, comment ils sont fabriqués, quelles sont leurs molécules, leurs effets indésirables – et irréversibles – sur le long terme, nous avertir que des patients en meurent (au moins on est prévenu et pourront par la suite s’opérer en nous de libres choix, car c’est avec l’autodétermination que véritablement on peut s’orienter vers une existence d’homme libre, et non pas celle d’individu avalant des cachets quand le savoir est caché, accaparé par des élites culturelle, économique et politique). Mais encore, quels sont les liens qui unissent l’industrie pharmaceutique et les milieux d’argent / le monde des affaires ? Alors vous voyez que cela empêche – à long terme – toute prise de conscience, cela fait abdiquer de l’intérieur les consciences qui sont asservies par le pouvoir rendu démesuré de la Science, car l’on prend littéralement les psychiatrisés pour des idiots (dans un rapport et des intérêts de classe, le libre choix est rendu impossible dans des initiatives personnelles où chacun pourrait expérimenter son pouvoir de création, cela sous couvert d’une démocratie qui ne fait que confisquer la liberté au profit d’une Oligarchie monstrueuse)… …dans le sens que l’on y peut rien comprendre, c’est une fabrication du consentement freinant la libre association entre les individus ; quand on sait qu’il n’y a jamais de temps pour soulever les problèmes concernant directement l’organisation du pouvoir… et de là en remonter la chaîne pour dénoncer le rôle répressif de l’Etat dans nos vies (est-il imaginable sans passer pour un extraterrestre d’en proposer l’abolition ?), tandis qu’il est préférable d’organiser des jeux de société, des pseudo-activités, sans conséquences politiques ; quand ne sont pas abandonnées des personnes à leur triste sort, dont le cerveau sous sédatif puissant est au ralenti, avec le corps malade et fatigué, vous regardant sans plus prendre part à ces Simulacres ou, peut-être, au désir qui était le sien et qui aurait pu être réveillé si des personnes dites qualifiées avaient compris que le corps parle… …et que les symptômes ont des causes évidentes dans le Capitalisme Schizophrénique, dans les inégalités sociales et dans leur traitement néo-libéral par les institutions bourgeoises, vivant dans leurs phantasmes. Leurs phantasmes d’exister dans leurs charmes discrets, tout en peuplant ce monde de phantômes… rendus étrangers à eux-mêmes, étrangers à leurs désirs… et qui en perdant toute trace d’eux-mêmes peuplent ce monde d’ombres sans profondeur et deviennent les pâles reflets d’une enfance lointaine – dont depuis longtemps ils ont perdu le fil – le fil de l’histoire – tandis que dans le miroir tendu des phantasmes de ces institutions bourgeoises… sont sacrifiées les libertés des damnés dans un (é)change matériel irradiant les spectres vécus… et dans les regards mis à distance, l’Autre n’existe pas… il représente une menace pour l’équilibre des richesses… et sa présence même souille la pureté… de celui qui détient ces richesses… dont il est l’outil, le corps exploité… L’individu atomisé dans son désir et phantasmant collectivement sa propre répression n’a d’autre existence qu’accomplissement de sa soumission – à tous les stades d’un parcours social programmé – dans un devenir balisé par la peur. Donc il est vital – révolutionnaire – de briser, essayer de briser en plusieurs temps, notre isolement… en s’initiant au devenir autonome (quand on sait que les individus sont atomisés pour casser les solidarités collectives), faire entendre le silence lourd qui enveloppe les psychiatrisés, car on masque à la société (derrière des murs d’impuissance résignée) la réalité effroyable telle qu’elle est vécue de façon vraie et désespérée par ces psychiatrisés (qui subissent des mauvais traitements). On dresse l’Opinion Publique (dans laquelle des millions de femmes et d’hommes ont l’illusion de se croire libres), on individualise les rapports sociaux ; et malheur à ceux qui présentent des différences « dérangeantes » car ils seront stigmatisés, criminalisés ; et les médias présentent la folie (organisent la conscience collective) en faisant de cette folie une mystification (dont les causes véritables sont laissées dans l’ombre), un danger omniprésent (elle doit faire peur… et partant, faire vendre des journaux). La « schizophrénie » devient un risque potentiel, voire parfois « majeur » quand un « fou » « s’échappe » : car sa fuite (qui est une course contre lui-même) est sensationnalisée, spectacularisée sous forme de feuilleton obscène… pour créer une psychose collective… diffuser la peur et les phantasmes… on doit se protéger… Se protéger de quoi ? La folie n’est pas un virus ! …Ainsi, sont enclenchées mécaniquement – dans une débâcle d’inconscients médiatisés – des politiques gouvernementales de déshumanisation, pour que soit évitée toute prise de conscience sur le sort qui est réservé à ceux qui ne rentrent pas dans le moule et dans les objectifs de croissance : et la population civile plus que jamais est enrégimentée dans un processus d’individualisation, de destruction des libertés individuelles au profit de l’économie de marché… Aussi, quand on subit des discriminations, quand on est coupable de rien, si ce n’est de vivre sa vie sans vouloir se soumettre à des lois absurdes, qui dans un même temps favorisent la misère et la reproduction du Capital, on constate, en lieu de soins, la rigidité du Pouvoir, et ce pouvoir s’épanouit dans l’arbitraire des lois, alors que la Justice est une justice de classe ; cela est d’autant plus cuisant qu’ordinairement on pense n’avoir rien à se reprocher dans cette Société de Consommation… où toute révolte est condamnée, sévèrement punie, passe pour de la délinquance… quand dans un autre ordre d’idée l’originalité est encouragée selon le cycle des modes commerciales. Mais dès lors que l’on exprime une pensée critique, ou bien que se manifestent des troubles psychiques chez l’individu, celui-ci se voit pointé du doigt, puis très vite pris dans l’étau – qui se resserre –, les simulacres font éclater les apparences qui nous maintenaient dans les illusions et dans la propre dissimulation de Soi : le Réel crève, la fiction dit son véritable nom, tous les masques tombent dans des parodies de procès truqués… Pour ma part, j’ai eu une activité militante à Advocacy, j’ai écrit nombre d’articles structurant ma dénonciation de la psychiatrie entre poésie et politique ; ma réflexion s’est enrichie d’expériences vécues, de drames psychiques aux conséquences retentissantes sur le cours de ma vie sociale, dans la vie et dans les idées, et mon expérience de la contention a généré en moi de profonds mouvements de déstructuration auxquels je fais face par une volonté de rendre les coups, et a détrôné mes certitudes quant au monde réel ; mon système de valeurs déréglé en de multiples plans éclatés, j’ai trouvé une unité : j’ai compris dans l’Excrément mental, quand plongé dans le dépôt de merde du système, les enseignements de mon isolement, et au retour de cette plongée dans l’Inconscient, je me suis réveillé dans la mêlée humaine des psychiatres, infirmières et psychiatrisés où grouillent les pensées télépathes ; c’est dans le quotidien le plus plat des hôpitaux que ma soif d’analyser les mécanismes d’exclusion, de répression, d’acculturation etc… est repartie de plus belle… en les vivant, directement ! Et, c’est à l’hôpital même que mes lectures sur l’exclusion ont pris plus de poids, de profondeur : je me vois attaché sur mon lit, bras et jambes entravés, quand un infirmier pousse mon lit vers la fenêtre, puis me saisissant, tant bien que mal, d’un de mes livres (:La misère du monde, de Pierre Bourdieu) qu’une infirmière avait eu la gentillesse et l’intelligence de laisser à ma portée ; et donc, sans mes lunettes, plus que jamais : j’ai ouvert les yeux sur la réalité vécue par ceux qui la subissent, et qui est occultée par les médias ; et c’est en lisant fiévreusement que mon Imaginaire revenait par paliers successifs au monde réel, et dans ce recommencement une nouvelle lumière, violente, éclairait ce sinistre abîme… …De voir à quel point on vit dans des fictions organisées où la réalité est aseptisée, rentre dans les normes, repose sur des consensus abjects qui masquent la violence des rapports sociaux ; et pour aller plus loin : la prison et la psychiatrie sont des avertissements à toute illégalité-pensée et ce qui se passe dans ces lieux d’enfermement est un miroir de nous-mêmes ; auxquels confrontés, l’image apparaît plus nette, cela pour ceux qui ont un regard politique et refusent une Démocratie de supermarché… dictant à chacun le rayon de son choix… A l’hôpital aussi, quand nous sommes traversés chimiquement de plusieurs molécules, il est important, dans la conscience altérée de ce chant des toxiques médicaux, de sortir de la Réalité Indiscutable, organisée dans l’indifférence, l’aboulie, la résignation, la soumission, etc… au sein même d’individus et de populations déboussolés ; tandis que l’individualisme (prôné par le Néolibéralisme triomphant et décomplexé) fait ses ravages et sert de levier à la Société de classe ! Je puis vous dire l’horreur d’une torture-mentale par laquelle l’Etre en Soi se fractionne en de multiples plans psychologiques, quand modifié (de force) par des molécules on passe par des états de conscience, simultanés et dérégulés, auxquels s’ajoute le désir fécond du délire comme lecture intégrale des phénomènes inconscients, dans lesquels on se retire, où l’on fait une nouvelle Révolution… Ainsi, en étant passé par la contention (terme qu’« ils » emploient pour camisole de force ou euphémisme habile qui annule la violence du mot « camisole de force » dans les Imaginaires des individus), je ne peux me détourner de ce constat désolant de ségrégation d’êtres humains, un peu partout dans le monde, retenus contre leur volonté ou enfermés abusivement dans des conditions d’exploitation des corps et des pensées ; et c’est pour moi un combat légitimé par l’expérience de l’effondrement psychique et du déni, de ce que j’ai éprouvé de Vrai sous camisole, car ma vie a dérapé dans l’enfer des arbitraires, et c’est la Poésie de la fuite en avant vers moi qui m’a sauvé et montré un chemin dans cette errance sans fin… et dans le Saint des Seins… je me suis abreuvé, j’ai tété les mamelles du Délire-conscient, en me dépassant, lorsque j’ai perdu toute trace humaine de l’Autre en Soi. Accéder au Vrai de cette confrontation. Car, face à ceux « qui ont des réponses à tout », n’en mènent pas large dans leurs raisonnements (j’allai plus loin qu’eux), imposent le silence (quand raisonne en Soi le terrorisme médiatique) et les traitements chimiques ou soins non consentis, provoquent dans les existences déjà incertaines (précarisées) des sentiments d’abandon, de violence, d’injustice : quand la dignité et la confiance sont entamées… alors qu’il y avait des possibilités autres, des alternatives qui se dessinaient et dont les psychiatres, dépositaires du Pouvoir Psychiatrique niaient les essences dans les êtres, empêchaient les émergences… Heureusement, il reste la contestation et la radicalisation, car le seul espoir est dans la Lutte, dans la Révolte qui fait son chemin vers la Révolution ! Voilà ! Je voulais tout simplement me manifester à vous, vous témoigner ma sympathie, mon respect en vous donnant ma lecture d’évènements vécus ! Ce n’est pas rien que de prendre les armes ! V. Texte publié par le collectif Sans Remède 1. Président de l’association CRPA (Cercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie) contact@crpa.asso.fr – Voir lien ci-dessous. |