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Psychiatrie

La vie est sans remède – Rencontre avec un collectif hors normes

K. : Vous êtes le collectif Sans remède et éditez un journal [de critique et de témoignages contre la psychiatrie et l'emprise médicale] dont le cinquième numéro va sortir prochainement. Comment vous êtes-vous rencontrés et comment le journal s’est-il créé ?

Q. : Là nous ne sommes pas au complet, on est une dizaine en tout. L’équipe est dispersée dans toute la France(1). On se regroupe pour faire le journal qui est né il y a cinq ans. On s’est retrouvés au départ entre personnes qui avaient un certain vécu de la psychiatrie, il n’y avait pas de professionnels, que des gens qui avaient subi la psychiatrie. Il y avait une personne qui avait été psychiatrisée longtemps, une autre proche d’une psychiatrisée et qui l’avait soutenue, une autre encore qui était intervenue en HP en mode ergothérapie et qui avait pris une grosse claque en voyant le sort des gens à l’intérieur, enfin on relayait aussi une personne qui était en HP. On est partis de l’idée que ce journal porterait une parole sans professionnels, que ce ne seront que les gens qui subissent cet ordre de pouvoir qui pourront y porter une parole contre la psychiatrie, raconter leur vécu et essayer de voir quels sont les points communs. L’idée de communauté de sort était assez présente dans nos esprits au début ; même si on essaye d’individualiser les catégories de pathologie, il y a une communauté de sort dès que tu te retrouves géré par la psychiatrie. Au fil des numéros, c’est toujours aussi évident.

Na. : A ce moment-là il n’y avait pas grand-chose qui se faisait sur la psychiatrie. Je n’étais pas là au début. L’idée du journal est partie surtout du sud de la France mais sur Paris on se posait les mêmes questions et on voulait aussi faire une revue. L’objet "psychiatrie" n’était pas au centre des préoccupations, il manquait une réflexion là-dessus. Ce questionnement a émergé à différents endroits en France au même moment.

Q. : On s’est rendu compte après que s’auto-déterminer comme psychiatrisé, ce n’était déjà pas évident, et que commencer à porter un discours contre la psychiatrie – donc un discours sur son histoire quand on a été psychiatrisé – ce peut être un moyen de s’en sortir, de se reconstruire en relisant son histoire avec ses propres mots et non ceux de l’institution, de la psychiatrie. Certaines personnes se sont rendu compte plus tard que ça avait été très aidant de se réapproprier sa propre identité et non celle qui avait été fabriquée quand on a été géré par des psys. Ça a été un peu un effet ricochet de nos rencontres, on ne l’a pas souhaité, ni mesuré mais on l’a constaté.

Na. : Il y a une marginalisation dans la société des personnes qui subissent la psychiatrie, mais elle existe aussi dans certains milieux politiques. Et la revue est venue aussi répondre à ça, pas seulement à la marginalisation sociale générale. Il s’agit de faire exister ce discours, cette expérience, de la partager ensemble, arrêter d’être tout seul. Ca permet aussi de se renforcer et de pouvoir être plus efficace, de pouvoir lutter dans les milieux politiques. Il y a aussi une discrimination à l’intérieur de nos mouvements et ça permet aussi de la combattre. Pour moi c’est aussi important voire plus que de combattre le discours du psychiatre. Il faut aussi combattre les discours entre nous, qu’on se réapproprie malgré nous et qu’on perpétue.

Q. : Comme le sexisme.

Na. : Oui voilà, comme le sexisme.

K. : Vous allez sortir le cinquième numéro…

Q. : Le cinquième est en cours d’impression. On en fait à peu près un par an. La forme et le contenu est aléatoire, en fonction de ce qu’on nous envoie. Il y a des numéros plutôt petits mais le celui-là fait 76 pages, le double du précédent. On s’est toujours dit qu’on ne bloquait pas le nombre de pages, on passe ce qu’on a envie de passer... D’un numéro à l’autre les thèmes abordés changent et il y a des paroles qui ont des formes très différentes. Il y a des numéros avec beaucoup de paroles politiques, d’autres avec plus de discours de fond, théoriques, d’autres avec plus de témoignages. Le cinquième est plutôt équilibré : une moitié de témoignages, poèmes ou dessins, et une moitié de discours théorique.

K. : "Sans remède", ça veut dire quoi ?

Na. : « Vous êtes sur terre, c’est sans remède », c’est une citation de Beckett. Ce que ça m’évoque, c’est que cette revue ne prétend pas proposer de bonnes manières de faire du soin, ni de la psychiatrie plus humaniste, ou même plus humaniste que la psychiatrie déjà humaniste. Elle ne propose pas de solution : elle veut avoir une réflexion plus générale sur ce que représente la psychiatrie dans la société. La psychiatrie n’est qu’une institution parmi d’autres, qui se répondent et s’entretiennent les unes les autres. Donc on n’est pas là pour proposer de meilleures manières de faire. Après, ça n’empêche pas qu’individuellement ou collectivement on se pose des questions sur ce qu’il faut faire en cas de crise, en essayant le moins possible de récupérer les outils psychiatriques pour penser les choses, même si c’est difficile d’en sortir complètement.

JL : C’est la richesse de ce titre issu d’une citation elle-même riche, on peut y entendre beaucoup de choses. J’y entends aussi qu’on ne veut pas faire dans la médicalisation. C’est-à-dire qu’il ne faut pas compter sur nous pour trouver des remèdes là où nous voyons des problèmes qui ne sont que sociaux et que politiques. Tout ce mouvement de médicalisation ne cesse de s’étendre sur toutes sortes de problèmes qui n’ont rien à voir, au départ, avec ce qui serait de l’ordre de la pathologie. Nous disons qu’il n’y a pas de remèdes pour ces questions-là.

K. : Vous refusez une position de soignant ?

JL : Oui, les problèmes politiques n’ont surtout pas à être soignés.

D. : Le discours médical tend à neutraliser ou pacifier des situations qui en fait sont politiques et parfois conflictuelles, les contradictions inhérentes à notre société. Elles n’ont pas à être estompées ou voilées par le discours médical, qui suggère un monde où on serait tous pareils, juste plus ou moins en bonne santé.

Q. : Ça ne veut pas dire qu’on nie le fait qu’il y a des gens qui galèrent, qui sont dans des situations compliquées avec de la souffrance – ou pas d’ailleurs –, qu’il y a des gens qui n’arrivent pas à interagir avec le monde dans lequel ils sont. La réponse n’est pas uniquement politique, mais on prétend que les réponses apportées par le discours médical déplacent le problème en déplaçant l’identité, la personne, en forçant cette identité, en mettant dans la tête de la personne l’étiquette de malade. Ce chemin n’est pas le bon. C’est une drôle de tension : on ne peut pas nier que les situations singulières peuvent être douloureuses et qu’il faut y apporter des réponses. Pour autant on ne peut pas rentrer dans ce mode de pensée qui transforme les problèmes en les séparant de l’histoire des gens. C’est très courant en psychiatrie, de ne jamais regarder qui est la personne et de regarder seulement ses symptômes. Ils cassent le symptôme et pensent que c’est réglé. C’est compliqué, parfois on nous reproche de porter un discours politique sur des réalités sociales et sur ce qu’elles produisent mais de ne rien faire ou proposer. Mais je pense qu’à porter ce genre de discours, on transforme déjà le regard sur les choses, et qu’on modifie aussi nos pratiques. Quand on a un avis sur ce qu’est la psychiatrie, ça transforme le rapport au psychiatre : même si à un moment donné on en a besoin, on n’y va pas de la même façon, on est méfiant, on se fait accompagner. C’est pour ça que c’est important de porter un regard et un discours sur cette réalité-là.

K. : C’est un discours sur l’aliénation ?

Q. : Il y a dans le prochain numéro un article intitulé "Hypothèse aliénation" qui dit que nos identités sont conformées à des ordres de savoir et de discours, et que quand des individualités ou singularités n’y collent pas, elles sont cataloguées dans les catégories de la maladie, ou de la déviance. Cette façon de cataloguer ce qui ne rentre pas dans le moule, ce n’est jamais qu’une réponse de l’ordre social dans lequel nous vivons. Or, ces questions-là ne sont jamais abordées dans les différents types de psychothérapies, ou alors à la marge de la marge. Nous voulons au contraire en parler très fortement et permettre à chaque personne de retrouver la dignité de ce qu’elle est, sans lui dire qu’elle doit garder cette partie-là et pas une autre.

K. : La fameuse « partie saine de la personnalité » ?

Q. : Oui c’est ça… c’est quand même une blague, ce truc ! Quand on dit qu’on est contre la médicalisation, on dit qu’on est contre l’application d’outils et de savoirs extérieurs qui doivent s’appliquer à des subjectivités.

Na. : Ça m’évoque les anti-psychiatres anglais qui ont considéré la personne dans son univers familial et social et disaient qu’une crise de folie était une forme de révolte face à un environnement oppressant. Ils se sont posé cette question-là mais ne sont jamais sortis de cette idée que les psychiatres détenaient le savoir et que les patients, certes étaient en révolte, mais n’étaient pas capables de s’expliquer à eux-mêmes ce qu’il leur arrivait : ils auraient donc besoin du savoir psychiatrique qui, restant en dehors de leur subjectivité, peut les analyser avec une grille de lecture spécifique. Même si cette grille de lecture se rapproche pas mal de notre discours, ça reste dans une forme hiérarchique et une différenciation. Le savoir reste unilatéral.

C’est vrai qu’il y a une psychiatrie en France qui ne s’attaque pas qu’au symptôme, qui veut analyser le système familial, le mouvement social, mais cette psychiatrie continue de reproduire certains écueils. Elle pose pourtant les bonnes questions à la base. C’est vrai que si on a besoin de psychiatrie à un moment on va se tourner vers eux.

JL : C’est un peu excessif ce parallèle entre les anti-psychiatres anglais et certains psychiatres contemporains. Il ne faut peut être pas tout mettre dans la même catégorie. David Cooper a fini par renoncer à toute forme d’exercice de la psychiatrie, il ne faut pas l’oublier…

Na. : Oui, mais certains psys vont essayer d’observer le sujet dans son environnement général, vont essayer de comprendre les interactions familiales, l’environnement social et politique. Il y a encore des tentatives de démarche qui se rapprochent de ça. Il y a des psys qui ne vont pas dire que le milieu anar est un milieu marginal source de tous les problèmes psychologiques mais au contraire vont soutenir ce mode de vie en disant que c’est mieux pour une personne, qu’il y a des solidarités différentes. Mais c’est vrai que Cooper a quitté la psychiatrie car sans doute il ne s’y retrouvait plus à un moment : trop de contradictions.

Q. : Quel que soit le positionnement de la psychiatrie, quelle est la force de la réponse face à ce qu’ils appellent des situations problématiques ? On a des exemples très marqués : entre ce qui se passe à Ste Anne dans des services fermés et ce qui se passe à La Borde ou à St Martin qui font de la psychothérapie institutionnelle, les réponses sont très différentes. Mais il y a une limite absolue : j’en parlais avec quelqu’un de La Borde et lui demandait s’ils avaient des chambres d’isolement. Ils n’en ont pas, je leur ai demandé comment ils faisaient lorsqu’il il y a un pétage de plombs avec violence – car ce monde fabrique ça et cette violence va s’exercer partout. Et là ils sont très gênés mais ils finissent par dire qu’ils envoient à l’HP d’à côté. Et c’est là l’hypocrisie qu’il y a de porter un « discours alternatif » sur la psychiatrie. Bon, ils avaient l’honnêteté de dire qu’ils ne savaient pas ce qui fait soin, c’est déjà ça… et encore c’est un discours qui n’est plus trop porté. Mais sur les moyens, ils font pareil : ils envoient à l’HP d’à côté quelqu’un qui pète un câble et font des injections de force quand c’est nécessaire. Donc c’est super d’être dans des pratiques différentes mais ils font parfois la même chose et à la marge ils disent qu’ils sont plus éthiques, plus honnêtes vis à vis des gens, plus à l’écoute.

Les moyens qu’ils se donnent sont juste les moyens que leur doctrine et leur savoir permettent. C’est une limite indépassable : la psychiatrie ne sort pas de l’évidence de la médication pour abrutir les gens quand ils partent en vrille, de gérer un paquet de gens dans les mêmes lieux, comme dans les casernes ou les couvents : il y a des tournées de draps, des cantines dégueulasses et des comportements disciplinaires avec une hiérarchie. Ce n’est que très marginalement qu’il y a eu des expériences qui fonctionnent en toute horizontalité ou avec le principe de ne pas diffuser des savoirs en dehors des savoirs produits eux-mêmes. Le savoir psychiatrique en lui-même contient ces rapports de coercition et de discipline. Il y a des endroits qui sont moins pires que d’autres mais je ne suis pas d’accord avec le collectif des 39 ou HumaPsy : eux pensent qu’il y a quelque chose à sauver de la psychiatrie et moi je pense qu’elle contient en elle-même une condition indépassable et inacceptable.

JL : Il y a des personnes qui sont agies par la croyance qu’il peut exister une bonne psychiatrie, une psychiatrie progressiste, humaniste, mais nous ne le pensons pas.

D. : Autour de la revue, du mouvement, il y a eu aussi des rencontres plus ou moins organisées, et souvent justement a été abordé le thème des lieux de vie, une recherche sur une possible vie communautaire. Jacques Lesage de la Haye évoque des expériences qui ont été faites en ce sens comme Le Coral.

JL : Le Coral c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Dans les années 70, l’horizon était bouché par la place que tenait la psychiatrie institutionnelle. Mais pour les gens plus radicaux, il y a eu cette possibilité de créer des lieux de vie sur le modèle communautaire. Il y a eu pas mal de lieux, deux cents ou trois cents répertoriés. Tout le caractère radical d’une certaine pratique s’est développé à cette période. Actuellement, qu’existe-t-il dans ce registre ? Comment faire marcher un lieu de vie en échappant à tout contrôle gestionnaire ? Les réponses sont loin d’être évidentes.

Q.: C’était des années où il y avait une réflexion et une actualité là-dessus, hors-cadre. Il y avait des publications comme Marge, Mise à pied… Il y avait une espèce d’effervescence. C’est complètement retombé dans les années 1990, par la force de la répression aussi. Il y a eu une volonté politique claire d’institutionnalisation forcée qui a tué tous les lieux de vie. Aujourd’hui, avec Sans remède on se rend compte qu'il y a des gens qui ont envie de ça mais on est très loin de pouvoir re-proposer une dynamique pareille : aujourd’hui quand on fait des rencontres, on est 200 personnes maximum.

JL : On essaye toujours de réfléchir à cette question : pourquoi à cette époque-là la psychiatrie était une question politique portée par beaucoup et pourquoi maintenant cette question n’intéresse plus personne, pourquoi a-t-elle cessé d’être une question intéressante même dans des milieux politiques qui se prétendent radicaux, extrémistes ?

K. : Ça correspond peut-être à l’époque où s’est mise en place la psychiatrie de secteur ?

Q.: Oui, le secteur, ça a produit ça, l’hôpital psychiatrique s’est ouvert. Il y a eu beaucoup plus de gens concernés par la psychiatrie, mais de moins en moins qui dormaient en HP, qui y était enfermés… Une pseudo idée de gauche… Ça a pas mal berné les gens et peut être y avait-il des places à prendre. Du coup la contestation s’est éteinte mais cette histoire ce n’est pas celle de l’ouverture de la psychiatrie, c’est surtout celle de sa diffusion. Il n’y en a pas moins mais partout. C’est une grande entourloupe : l’idée de secteur a permis de noyer la contestation dans la réforme, à l’intérieur même de la psychiatrie. Même les psys de gauche ont été associés à la transformation. Politiquement, ça a été très stratégique et très intelligent : dès que ce n’est plus scandaleux, ça suffit pour plein de gens. C’est ça la sortie de l’asile, la psychiatrie ouverte ; s’il n’y avait pas eu de secteurs, il y aurait peut être eu la fin de l’asile en France, comme en Italie.

K. : Vous n’êtes qu’un journal ?

JL : Parallèlement au journal, il y a eu, surtout depuis 2010, un certain nombre de rencontres réunissant des gens venant des quatre coins de la France. Les journées comme celles du Mas d’Azil en 2011 avaient permis à plus de 150 personnes de se rencontrer autour de toutes ces questions. Cela a créé une dynamique à partir du constat qu’il est possible de ne plus être seul.e face à tout ça. Signalons aussi que pendant 2 ans une permanence mensuelle de résistance à la psychiatrie s’est déroulée au Rémouleur, à Paris.

Na. : Les grosses rencontres qui ont eu lieu au Mas d’Azil ont permis la création de groupes de réflexion. Ensuite il y a eu d’autres rencontres « Résister à la psychiatrie », plus petites. Il y a la volonté de faire des moments de débats généraux et d’autres plus précis autour des expériences de vie. Cette question revient et reprend de l’importance dans les milieux politiques, et ça peut s’étoffer. Ce n’est pas un collectif homogène mais la question de la psychiatrie est posée.

Q.: Ça permet de rendre tangible cette idée de "communauté de sort". C’est important et ça permet des discussions dites "non mixtes" : exclusivement entre personnes qui, par exemple, ont eu des expériences de délire, ou un rapport au suicide, ou qui sont des proches de psychiatrisé.e.s. C’est important de pouvoir parler entre personnes qui subissent la psychiatrie, de sentir qu’on est nombreux et que personne n’est épargné. On n’est pas forcément d’accord mais on a vécu des choses identiques. Rien que ça, ça fait du bien.

Na. : A chaque fois ce sont des moments assez forts en terme d’émotion et d’affect. Ça nous met en jeu, on parle de nous et tout le monde s’implique. C’est différent d’une rencontre politique sur les thèmes plus généraux : il y a une bienveillance qui circule, une forme d’écoute que je ne vois pas ailleurs. Ces rencontres recréent des solidarités alors que d’habitude on est face à des murs blancs, à des psychiatres qui nous catégorisent, ou même à des amis qui ne veulent pas reconnaître ce qu’on est en train de vivre, qui ne veulent pas en entendre parler. Là, se crée quelque chose qui est de l’ordre d’une force collective.

JL : On a parlé de ces rencontres dans le numéro 4 et on en parle beaucoup dans le numéro 5.

D. : Les comptes-rendus sont aussi sur le site de Sans remède(2).

K. : Il y a aussi une émission sur Radio Libertaire ?

No. : Oui, il y a une émission, l’Entonnoir, le mercredi matin de 9h30 à 10h30. On est pas mal en liaison avec Sans remède, pas uniquement mais on fait le relais des sorties de journal, des événements. Nous sommes assez proches de beaucoup de positionnements de Sans remède.

D. : C’est une émission par thème, avec parfois des invités. On essaye de diversifier les thèmes…

No. : …de coller à l’actualité, comme par exemple la loi du 5 juillet 2011 sur les programmes de soins.

D. : Oui, par exemple on a des statistiques de 2010 qui ont été faites en préparation de la loi, qui n’ont été publiées que 4 ans plus tard et qui révèlent que, en 2010, 71 000 personnes ont été hospitalisées sans leur consentement.

Q.: D’où l’intérêt de faire une loi pour que ce soit plus facile… ça fait juste moins de paperasse !

K. : Il y a quoi au sommaire du numéro 5 ?

Q.: Il fait une part plus large à ce qu’on a appelé l’emprise médicale. C'est-à-dire pas uniquement la psychiatrie car on s’est rendu compte qu’il y avait des fonctionnements communs. Il y a des témoignages, des poésies, deux articles sur l’expertise psychologique et psychiatrique en Assises. Ça pose la question du rôle de l’expertise dans le monde social. Il y a la rubrique « La psychiatrie en chantant », un beau texte de rap à deux voix.

Le premier dossier, sur l’emprise médicale, n'est écrit que par des femmes et s’appelle « Nous sommes de genre féminin et nous l’ouvrons ». Il y a un article qui montre comment la gynécologie vient conformer au rôle et à l’identité de femme dans la société (à travers l’hétéro-normalité et la maternité entre autres) et un autre sur une nouvelle pilule qui donne de la libido aux femmes lorsqu’elles n’en ont pas assez pour satisfaire leur mari…

Nous allons trouver également un texte sur le docteur Hazout, un gynécologue spécialiste de l’infertilité féminine qui a violé plusieurs femmes. Cette histoire sordide révèle le croisement de deux dominations, masculine et médicale, dans cette contrainte à une identité prescrite, celle de mère.

Une traduction d’un texte américain d’une femme qui est autiste et qui raconte comment, avec sa singularité, on l’a rangée dans une identité de "non personne", ce qui l’a mise en rupture d’empathie avec tout le monde. Elle est d’abord un objet à gérer, à déplacer, à contrôler.

Le deuxième dossier s’appelle « A des fins politiques » avec deux articles, l’un qui essaye de repérer pourquoi l’état cherche à avoir des services sociaux. C’est une lecture un peu croisée d’un développement économique des nations et d’un besoin de main d’œuvre. Il faut donc un entretien des populations laborieuses pour avoir des travailleurs en bonne santé. L’autre est un texte sur l’origine du travail d’assistant.e social.e.

La rubrique « Pour mémoire » reprend des vieux textes des années 1970-80. Là, il s’agit de la charte des internés, qui est signée par plein de groupes et pas mal relayée à l’époque. C’est intéressant car c’est complètement impossible de revendiquer ça aujourd’hui.

JL : Revendiquer ça serait perçu comme une sacrée pathologie…

No. : Nous avons des réserves sur ce texte quand même. Les soignants et les "soignés" étaient mis sur le même plan, les "soignés" étaient considérés comme des travailleurs qui ont les mêmes intérêts que les travailleurs de la psychiatrie, ce qui permettait d’envisager de lutter ensemble à l’intérieur et à l’extérieur…

Q.: Oui, car il est écrit par pas mal de soignants quand même. On le passe malgré tout car ça nous intéresse et puis à l’époque c’était surtout des infirmiers psy qui contestaient la hiérarchie dans laquelle ils étaient et se révoltaient contre le sort qui était fait aux malades.

Dans le numéro 5, il y a aussi un texte d’un collectif antipsychiatrie de Barcelone et des retours des rencontres de l’année passée dont un texte sur l’articulation entre aliénation et déviance qui fait suite à un des ateliers.

Enfin, il y a une seconde rubrique « Pour mémoire » avec un extrait d’un livre qui s’appelle Dans le mitan du lit, un texte qui questionne beaucoup la notion de couple, les niveaux de solidarité à l’intérieur et l’extérieur du couple. Et on finit le numéro avec une page de jeux qui s’appelle « C’est pour votre bien ».

K. : On le trouve où ?

Q.: Dans les bons endroits… militants le plus souvent mais on essaye d’être pas mal dans les librairies des grandes villes. Mais on fait aussi des envois, il suffit de faire la demande sur le site internet.

K. : Vous irez à la Mad Pride ?

Q.: Si je suis là, j’irai diffuser Sans remède et discuter avec des gens, même si c’est pour me prendre la tête avec eux.

Na. : On peut retrouver des camarades qui sont là par hasard et qui ne savent pas où trouver des gens pour faire des choses.

JL : Ça ne veut pas dire qu’on trouve que c’est une initiative positive. On pense que, sous des aspects a priori sympathiques, c’est une entourloupe de plus organisée par les pouvoirs en place. Certain.e.s veulent promouvoir l’image du gentil usager de la psychiatrie qui marche main dans la main avec son gentil psychiatre progressiste, les psychiatrisé.e.s qui témoignent dans Sans remède ne désirent pas être gentils.

1. Pour nous écrire : sans.remede@laposte.net – Adresse postale : Sans Remède c/o Le Rémouleur 106 rue Victor Hugo 93170 Bagnolet

2. sansremede.fr

(initialement paru dans le dossier "Un été de folie !" du Hors-série n°56 du Monde Libertaire, juillet-août 2014)