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Société / Contrôle social - normalisationPour un débat public sur l'aliénation sectaireL'objet de nos réflexions est d'abord de s'interroger sur cette aliénation dont il est trop facilement admis qu'elle serait spécialement néfaste quand d'autres sont passées sous silence. A l'occasion des débats sur la pénalisation des activités sectaires sont posées en fait des questions essentielles sur le contrôle social, d'où qu'il vienne et quelles que soient les assises de sa légitimation. Comme la diabolisation des usages de drogues, celle des mouvements sectaires est un échec. Elle aussi renvoie les adeptes à la clandestinité au lieu de faire place à la parole et de développer une réflexion collective sur la quête d'un autre quotidien ou d'une autre identité. Elle ignore l'emprise des mouvements sectaires sur une part croissante de citoyens, refuse de voir que l'effondrement en cours des valeurs collectives et des modes de socialisation traditionnels se traduit de plus en plus souvent par une indifférence aux moyens traditionnels d'exercer sa citoyenneté. Tout cela n'amène nullement à négliger la dangerosité des sectes mais à considérer en quoi elles sont une réponse à des besoins, parfois existentiels, des membres de toute société : une réponse qui, bien souvent, trompe et avilit, une réponse synonyme de temps gâché et de relations humaines appauvries, une réponse finalement encore plus aliénante, souvent, que les aliénations dont elles prétendent nous débarrasser. Il semble indispensable de gratter au-delà du vernis consensuel qui, lorsque des drames surviennent, ne manque pas de nous rassurer et de nous laisser croire que nous n'avons à gérer que quelques égarements passagers ou marginaux. Si les sectes nous font peur et si nous avons tellement besoin d'entendre qu'il faut s'en protéger et en protéger nos enfants, si la volonté d'en débattre publiquement n'aboutit jamais, c'est peut-être parce que nous aurions alors à reconnaître que les mouvements sectaires existent et perdurent parce qu'ils répondent à des aspirations que notre société, elle, est incapable de satisfaire. Au fond, ne s'agit-il pas de constater les dysfonctionnements majeurs de notre société, incapable de proposer une vie épanouissante à une part croissante des citoyens ? La réprobation morale ne pourra jamais réfréner le désir d'être bien, la recherche du plaisir. Elle pourrait seulement se muer en proposition totalitaire : enfermer tous ceux qui s'écartent du droit chemin. Dans une secte ? |