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Psychiatrie

La Charte des internés (Sans remède n°5 - juin 2014)

Diffusée fin 1975, la Charte des internés est un texte collectif qui porte la signature de cinq groupes aux horizons politiques assez divers : Marge (cf Sans remède n°3), l’AERLIP (association pour l’étude et la rédaction du livre des institutions psychiatriques), formée massivement d’infirmiers et fondée pour dénoncer un certain nombre de mauvais traitements dans l’HP, le GIA (groupe informations asiles), premier mouvement de psychiatrisés en France dans la lignée du GIP (groupe informations prisons), le comité de lutte des handicapés, dont le préambule précise bien qu’ils considèrent leur combat comme partie intégrante de la lutte des classes et non pas comme une lutte sectorielle, et la revue Garde-fous. Il est aussi question dans le texte d’apports des mouvements allemand SPK (cf Sans remède n°4) et anglais MPU (Union de malades mentaux).

Ce qui nous touche le plus dans cet appel, c’est qu’il porte de l’intérieur de l’hôpital des exigences sans conditions, formulées avec détermination. La Charte des internés nous rappelle que, même entre les murs, des luttes collectives restent possibles. Même si, 40 ans plus tard, la plupart de ces revendications seraient toujours d’actualité, ce texte porte la marque de son époque : une période d’effervescence politique où l’horizon révolutionnaire faisait se nouer des alliances qui seraient difficilement concevables de nos jours. Cette charte est aussi le reflet d’une séquence historique assez particulière pour l’hôpital psychiatrique lui-même, en plein aggiornamento (mise à jour, ravalement de façade) mais dont le caractère asilaire saute toujours aux yeux. C’est dans ce contexte général qu’il faut resituer la place accordée dans ce texte à l’identité de travailleur, revendiquée pour l’interné qui, selon les auteurs, n’est jamais que « provisoirement dans l’incapacité de travailler » : l’infirmier psy et « l’interné » partageraient fondamentalement cette condition de travailleur, ce qui leur permettrait d’envisager de lutter ensemble, au-delà des antagonismes qui traversent l’hôpital. Une position que Sans remède ne partage pas, nous l’avons suffisamment répété dans nos pages.

Cette charte ne vise pas à l’amélioration de la psychiatrie, mais vise la destruction complète de l’appareil médico-policier.

Cette charte s’inscrit dans le combat pour conquérir, dans un premier temps, les droits démocratiques les plus élémentaires qui sont enlevés aux travailleurs que la psychiatrie parvient à isoler. Ceci n’est possible qu’en brisant l’isolement des internés :

1. En détruisant l’institution carcérale par des luttes contre les modalités actuelles d’entrée et de sortie de l’hôpital (placement d’office et placement volontaire), ainsi que contre les restrictions de la libre circulation à l’intérieur des établissements psychiatriques.

2. En brisant l’isolement de l’interné dans son statut d’assisté, d’irresponsable et de fou. Il s’agit d’obtenir celui de travailleur en lutte avec tous les acquis s’y rattachant, même si certains d’entre nous se trouvent provisoirement dans l’incapacité de travailler. Ce combat, comme ceux des autres couches opprimées, rejoint en ce sens la lutte de la classe ouvrière pour la destruction de l’ordre capitaliste.

3. En brisant l’isolement dû au silence entourant la prescription médicale et obtenir ainsi le contrôle du traitement.

Cette charte est le produit des revendications exigées par des camarades internés tant en France que dans d’autres pays comme l’Angleterre par le MPU (Union de Malades Mentaux) et en Allemagne par le SPK (Collectif Socialiste de Patients).

Elle vise au développement de luttes permises par le regroupement de psychiatrisés et de travailleurs (soignants ou non) telles celles parmi les plus récentes : des « malades » de Maison-Blanche en novembre 1974 et la campagne contre les internements et la loi de 1838 menée par le GIA (groupe d’information sur les asiles).

Elle vise à déclencher d’autres luttes de travailleurs (psychiatrisés ou non) contre la psychiatrie, afin de déterminer les organisations politiques et syndicales à prendre une position claire dans ce combat.

Pour aboutir, cette charte doit être reprise massivement par l’ensemble des camarades internés et des travailleurs (soignants ou non) qui les soutiennent.

En ce sens elle peut être le point de départ à la création de groupes, comités, commissions, etc, visant à organiser la lutte dans le plus grand nombre d’établissements psychiatriques, ainsi qu’à l’extérieur de l’institution où le problème de la psychiatrisation des conflits est de plus en plus à l’ordre du jour. Elle doit donc également susciter un travail similaire en ce qui concerne la psychiatrie hors des murs en se plaçant sur un terrain de solidarité de travailleur à travailleur.

C’est ainsi que cette charte issue d’un projet élaboré au cours des luttes menées plus particulièrement par les militants du GIA a permis, lors de son élaboration finale, le rassemblement de divers groupes militant contre l’organisation capitaliste de la production et de la santé.

NOUS EXIGEONS L’APPLICATION DE LA PRÉSENTE CHARTE :

AUX MINEURS COMME À TOUTE PERSONNE INTERNÉE

1. NOUS EXIGEONS L’ABOLITION DE LA LOI DE 1838 :

C’est-à-dire, la suppression du placement d’office et du placement volontaire, ainsi que la suppression de l’Infirmerie spéciale de la Préfecture de Police (rue Cabanis, à Paris-4ème) qui matérialise la relation existant entre la pseudo-science psychiatrique et l’instrument répressif qu’est la police.

NOUS EXIGEONS :

2. L’abrogation de la loi de 1954 sur les ALCOOLIQUES et celle de 1970 sur la TOXICOMANIE ; lois répressives qui, loin de résoudre les problèmes posés par l’alcoolisme et la toxicomanie ne visent qu’à orienter et contrôler dans le sens des intérêts de la classe dominante,

3. L’abrogation de la loi sur le vagabondage, l’arrêt des expulsions des travailleurs immigrés sous couvert de rapatriement sanitaire,

La suppression des hôpitaux et services de force (Henri Colin, Sarreguemines, Cadillac, Montfavet).

CONCERNANT NOTRE SÉJOUR À L’HÔPITAL, NOUS EXIGEONS :

4. L’abolition de l’envoi de renseignements aux préfectures qui les retransmettent aux commissariats, ainsi que la destruction du fichier de polices des aliénés dits "dangereux".

5. L’affichage dans chaque chambre des règlements intérieurs et des droits des internés,

6. Le droit pour tout interné de consulter à tout moment son dossier comme de le sortir, lui permettant entre autres choses d’appeler en justice,

7. Que soit appliquée la circulaire ministérielle n° 1796 de Jacques Baudouin du 20 avril 1973 dans laquelle il est dit que : « …le secret n’est pas opposable au malade dans l’intérêt duquel il est institué ; ce dernier peut donc soit se faire remettre tout ou partie de son dossier médical ou le communiquer directement au médecin de son choix ainsi qu’à des tiers ; il peut notamment décider de produire ce dossier en justice s’il le désire. La jurisprudence de la Cour de Cassation et du Conseil d’état concourent sur ce point »,

8. Le droit de refus de la désignation administrative du lieu d’hospitalisation et du médecin traitant.

CONCERNANT LES TRAITEMENTS, NOUS EXIGEONS :

9. L’abolition des traitements irréversibles (électrochocs, psychochirurgie…),

10. La connaissance du traitement appliqué et ses effets secondaires éventuels, et ceci avant la prescription,

11. Le droit de refus d’un traitement ou d’un médicament, c’est-à-dire un droit effectif de contrôle sur les traitements,

12. D’être informés lorsqu’un médicament en est à son stade expérimental,

13. D’être en possession d’une ordonnance claire, en écriture non chiffrée, nous permettant de contrôler ce qu’on reçoit des infirmiers, qui l’exécuteront sous nos yeux et non à l’avance, afin d’éviter les traitements parallèles, comportant entre autres le surdosage.

CONCERNANT LA SORTIE, NOUS EXIGEONS :

14. Qu’un logement soit assuré après la sortie,

15. Que l’absence d’un emploi à la sortie ne soit pas un obstacle à celle-ci,

16. Qu’un emploi dans le métier de son choix puisse être assuré à la sortie par l’intermédiaire de l’Agence Nationale pour l’Emploi, sans discrimination et avec formation professionnelle si nécessaire,

17. La suppression des restrictions à l’embauche telles que l’inaptitude pour raisons psycho-pathologiques,

18. Qu’une indemnité de chômage, au moins égale au SMIC soit allouée à ceux ne trouvant pas de travail.

CONCERNANT LA VIE À L’INTÉRIEUR DE L’HÔPITAL, NOUS EXIGEONS :

19. Le droit de nous syndiquer dans les sections syndicales du lieu d’hospitalisation et de nous organiser de façon autonome pour la lutte dans les comités incluant le personnel soutenant notre combat,

20. L’abolition du travail FORCÉ sous prétexte d’ERGOTHÉRAPIE (ménage, service de cantine ou travail à façon…),

21. Que tout travail d’un hospitalisé soit rémunéré au temps de travail, par un salaire au minimum égal au SMIC ; sans salaire au rendement ni cadence,

22. Le droit de pouvoir refuser un concessionnaire ou ses tarifs pratiqués,

23. Le droit d’accès et de contrôle des comptes en détail des comités gérant le travail et le salaire des hospitalisés,

24. L’organisation collective par les hospitalisés eux-mêmes de la vie à l’hôpital : horaires de lever, de coucher, des repas, etc…,

25. La suppression du droit des visites pour raisons médicales ou autres,

26. La suppression de toute censure tant du courrier que des communications téléphoniques,

27. La liberté de presse effective à l’intérieur de l’hôpital,

28. Le droit effectif d’affichage avec tableau sans aucune censure,

29. Une salle commune de réunion interservices, ouverte en permanence et à tout le monde, y compris à toute personne et à tous groupes extérieurs,

30. La suppression de la permission de parc : celui-ci est à tout le monde,

31. Le droit de conserver ses vêtements et affaires personnelles et de pouvoir les mettre en sécurité sans intervention du personnel,

32. La suppression des grands dortoirs,

33. L’extension de la mixité à tous les pavillons des hôpitaux psychiatriques et la possibilité de vie commune à l’intérieur des services afin que cette mixité ne soit pas un simple mot,

34. Le libre accès à la sexualité, à la contraception, à l’avortement, à la grossesse et à toutes les informations concernant ces quatre points,

35. Nous refusons les changements d’hôpital, de service ou de chambre sans l’accord de l’interné lui-même,

36. Nous exigeons d’être présents et assistés par la personne de notre choix pour tout entretien nous concernant entre les membres du corps médical ou administratif ainsi que de ce personnel avec des tiers.

MOUVEMENT MARGE

REVUE ET GROUPE GARDE-FOUS

L’AERLIP

COMITÉS DE LUTTE DES HANDICAPÉS

GROUPE INFORMATION ASILES