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Justice - Prison / Psychiatrie

PSYCHOLOGISATION

Billet rédigé après le procès d'Hafed Benotman à la cour d'assises de Paris, mai 2007

« Tu la sens, ma loi dans ta faille narcissique ? »

Et tout le monde de psychologiser à qui mieux mieux. C’est dans l’ordre des choses, la psylangue a envahi le discours collectif, celui qui ne dit rien et ne dira jamais rien… sauf la croyance de masse, la compromission, la collaboration, la soumission.

Les tribunaux sont loin d’en être exclus, bien au contraire. Chacun de jargonner, piano ou forte, le président, l’avocat général, l’avocat de la défense, le témoin… Les avocats des parties civiles, quant à eux, relisent le manuel de psychologie des victimes.

Ça dit que « passageàlacte »...

Ça dit que « loipaternelle »...

Ça dit que « identitémalstructurée »(1)…

Ça dit que « sociopathie »…

Comment alors ne pas évoquer, à l’inverse, la Benotmanopathie de la société, ce fonctionnement global pathologique de la société envers un individu ? Pathologie individuelle et pathologie collective en interaction, avec ce modèle les choses paraîtraient peut-être plus claires… Sauf que très vite usage pourrait être fait de cette pathologie sociétale pour masquer les rouages des processus de pouvoir en cause qui ont fait qu’un être a été maltraité, jugé, doublement puni, enfermé, exclu, rejugé, réenfermé…

Il est de bon ton, extension du jargonnage, de parler de la schizophrénie de la société et quel meilleur exemple que celui de la remise d’un prix littéraire à l’hôtel de ville de Paris à quelqu’un que l’on a parallèlement privé de ses papiers et qui rentre à pied chez lui à Nation parce qu’il n’a pas de fric et ne veut pas prendre le risque de se faire contrôler dans le métro ? Reconnu en tant qu’écrivain, en tant qu’homme de théatre, en tant qu’intervenant associatif, exclu en tant qu’ayant un casier judiciaire, exclu en tant que sans-papiers : quel meilleur exemple de morcellement de la reconnaissance ? Avec message paradoxal à la clé : tu vois ce qu’aurait pu être cette reconnaissance ? Eh bien, désolé, ça ne va pas être possible.

Oui, à un détail près : cette supposée pathologie est principalement un pouvoir, ou plutôt une intrication de pouvoirs, avec notamment les systèmes policier, judiciaire et carcéral. Et le pouvoir, qu’il abolisse ou altère le discernement de ceux qui l’exercent – quelles que soient leur place et leur fonction – , qu’il abolisse ou entrave le contrôle de leurs actes, n’est pas à soigner mais à combattre.

(1) Pourquoi pas psychopathemanipulateur, pendant qu’on y est, hein ? J’vous l’demande !

(Repris de L'Envolée n°20, juin 2007)