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Psychiatrie

Note sur le SPK

Extrait de "La Révolution moléculaire" de Félix Guattari (Les Prairies ordinaires, 2012). Il s'agit d'une note du texte « Le S.P.K. (Heidelberg, 1971) » destinée à présenter le SPK.

Collectif socialiste de patients d’Heidelberg. Le S.P.K. [Sozialistiches Patientenkollectif, Communauté socialiste de patients] est né dans la polyclinique de l’université d’Heidelberg de groupes thérapeutiques comprenant une quarantaine de malades. Ces malades et leur médecin, le docteur Huber, ont mené une critique théorique et pratique de l’institution et ont dévoilé la fonction idéologique de la psychiatrie en tant qu’instrument d’oppression. Leur travail s’est heurté rapidement à une opposition croissante de la part de la clinique psychiatrique – le directeur a qualifié le groupe de malades de « collectif de haine et d’agression ». Avec la répression, la résistance grandissait. Il devenait impossible de liquider le S.P.K. par des moyens formels et légaux.

Dans une séance à huis clos, le Sénat de l’université a décidé de recourir à la force publique. Le prétexte en a été fourni, en juillet 71, par un échange de coups de feu dans les environs d’Heidelberg. Le mettre sur le compte du S.P.K. permettait d’abattre ce dernier avec les moyens les plus brutaux. 300 flics armés de mitraillettes pénétrèrent de force dans les locaux du S.P.K., des hélicoptères survolaient la ville, la Bundesgrenz-schutz (brigades spéciales) était mobilisée, des perquisitions furent opérées sans mandat, les enfants du docteur Huber pris en otage, des malades et des médecins arrêtés, des inculpés drogués pour les contraindre à se montrer coopérants. Le S.P.K. a alors décidé de se dissoudre.

Deux inculpés, le docteur Huber et sa femme, ont passé des années de prison dans un isolement presque total que même un juge a qualifié d’inhumain. En les faisant d’abord passer pour des fous puis pour des terroristes, par le biais de la provocation policière (assimilation au groupe Baader-Meinhof), on a pu porter l’affaire devant un tribunal d’exception dans la ligne des tribunaux nazis. La défense a été paralysée. Un des avocats, Eberhardt Becker, a été accusé de complicité et inculpé. Un autre, Jorg Lang, a été incarcéré. Tous les avocats qui se sont mis sur cette cause ont été persécutés et écartés par toute une série de manœuvres. Des avocats ont été commis d’office et n’ont eu connaissance du dossier que quinze jours avant l’ouverture du procès, alors que la presse l’avait en sa possession depuis le début. Ils ont été récusés par les accusés. Le 7 novembre, jour de l’ouverture du procès de Karlsruhe, les trois accusés ont été amenés sur des brancards, deux d’entre eux, pieds et poings liés. Le couple Huber, qui ne s’était pas vu depuis quinze mois, a été brutalisé et séparé violemment pour être finalement expulsé de la salle avec le troisième accusé, Hausner. L’assistance était composée pour moitié de policiers en civil. Une partie du public a été aussi expulsée après qu’un jeune homme ait lu une déclaration internationale de solidarité avec les accusés. Sans même attendre sa sortie du tribunal, celui-ci a été arrêté, insulté, roué de coups et laissé sans soins pendant des heures. Un certificat médical, fait à l’hôpital de Karlsruhe, a constaté de nombreux traumatismes, dont un crânien.