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Société

La fronde des «ex-premies » contre le Seigneur de l'Univers

Ancien administrateur de la Mission de la Lumière Divine puis de Elan Vital, pendant de nombreuses années, J-M Kahn est aujourd'hui l'un des animateurs d'une fronde des anciens adeptes contre le système Maharaji, notamment dans le cadre du site internet ex-premie.org.

Comment avez-vous connu la Mission de la Lumière Divine ? Comment en êtes-vous devenu dirigeant, en France ?

C'est une longue histoire, qui s'étend sur 26 années. J'ai connu le gourou en 1971, à une époque où les premiers disciples occidentaux faisaient pas mal de prosélytisme de manière très ouverte: tracts, affiches, conférences publiques. J'étais à l'époque assez intéressé par les philosophies orientales, et ce gourou et tout son cirque m'ont d'abord semblé assez farfelus, ridicules, et infantiles. J'aurais dû me fier à ces premiers sentiments. Mais je me suis laissé séduire par des amis proches qui avaient été "convertis" pendant l'été 1972, lors d'un "festival" en Europe. La "mission" est arrivée ensuite, passage obligé pour participer aux diverses activités et s'impliquer davantage, comme c'était, et c'est toujours fortement suggéré. Ayant un niveau d'études assez supérieur à celui de la moyenne des disciples de l'époque, on m'a rapidement fait des propositions de service.

Pouvez-vous raconter votre parcours à l'intérieur de la MLD puis d'EV (Elan Vital) ?

Ex-premie.org - Depuis 1997, les anciens adeptes d'Elan Vital ont leur site - avec trois branches : une anglaise, une française, une espagnole - , qui comporte de très nombreux documents. Ils racontent leurs trajectoires et débattent du système Maharaji, avec la volonté redondante de permettre à ceux qui y sont encore et qui « se posent des questions » de trouver là un soutien et des informations.

Jean-Michel Kahn est un des artisans des pages françaises. Il modère le forum - dont l'ensemble est accessible en ligne -, lorsque les échanges ressemblent à des règlements de compte. Il a particulièrement travaillé, avec d'autres, sur la richesse du Gourou, collectant de nombreuses informations.

Ex-premie.org ressemble un peu aux associations qui, dans le champ de la santé, se sont constituées la fin des années 80, qui se veulent l'expression directe des personnes les plus concernées par tel ou tel problème ou expérience. On y trouve aussi bien des informations générales que des récits de personnes encore engluées dans la gestion de leur situation vis-à-vis de la secte, voire certains discours qui se veulent en recul par rapport à l'expérience vécue pendant souvent des années mais qui la justifient et l'enjolivent. D'un intérêt évident pour tout citoyen qui veut réfléchir sur les phénomènes sectaires ou la thématique du contrôle social et de la normalité, le site l'est aussi pour mesurer si l'émergence d'une parole propre des victimes des sectes est possible, souhaitable ou, au fond, inenvisageable. Encore insolée, à notre connaissance, une telle expérience n'en est pas moins passionnante et à suivre avec un grand intérêt.

Adresse du site : http:www.ex-premie.org

J'ai d'abord été un sympathisant "de base" pendant 2 à 3 ans, au cours desquels je suis devenu de plus en plus actif. J'ai décidé de m'engager davantage en rentrant à l'ashram en 74-75. J'y suis resté jusqu'en 1980. J'ai tout de suite été employé à temps complet par la MLD, d'abord comme traducteur, la plupart des envoyés officiels du gourou étant anglophones. J'ai eu ensuite diverses responsabilités dans l'organisation et l'administration des ashrams, puis de la MLD : travaux d'édition (traduction des discours du gourou, impression, production et distribution de documents divers, administration de l'association). J'ai fait partie du conseil d'administration de la MLD de 1976 à 1980 environ. Puis j'ai quitté l'ashram en 1980, époque où Maharaji a commencé à suggérer de le faire. Je me suis remis à exercer mon métier, tout en restant moyennement actif dans l'organisation, à une époque (1980-1987) où les activités avaient fortement diminué. Puis j'ai posé ma candidature pour être instructeur vers 1986. J'ai suivi un stage de formation en 1987, et j'ai eu cette fonction pendant quelques années. Puis Maharaji a décidé de se débarrasser de la plupart des instructeurs. Je me suis ensuite impliqué dans la diffusion des vidéos de ses discours et diverses activités, et j'ai été membre du CA d'EV jusqu'en juin 1997 où j'ai décidé de démissionner.

Quel était le processus de conditionnement des futurs disciples ? Quel est-il aujourd'hui ?

C'est une question qui demande de longs développements. Les personnes "intéressées" sont attirées par quelques belles idées qui peuvent sembler séduisantes: l'existence d'une belle expérience intérieure, et la présence d'un "maître" pour accéder à cette expérience et l'approfondir. Pourquoi pas ? L'endoctrinement se fait ensuite progressivement et par étapes, pendant les 6 mois minimum qui précèdent l'initiation, jusqu'au point où "l'aspirant à la connaissance" est prêt à "s'engager" totalement auprès du gourou et à lui témoigner sa "gratitude". Tout ceci se fait actuellement en regardant des vidéos de discours du gourou, soigneusement choisies et montées pour les diverses étapes de l'endoctrinement. Ça se faisait autrefois d'une manière plus "sauvage", en écoutant ad libitum les discours de disciples et instructeurs plus ou moins inspirés et inspirants, et en visionnant de temps à autres les quelques films et vidéos faits pour cet usage.

Qu'en est-il de la "dangerosité" de la secte ?

Elle est dangereuse pour les adeptes. Il s'agit d'un petit monde qui vit replié sur lui-même autour du gourou, une sorte de micro-société, ou de sous-culture. Les adeptes ont la sensation de vivre une liberté intérieure et de connaître quelque chose que le commun des mortels ignore. Leur seule réalité devient très vite EV et le gourou, leur vie tourne plus ou moins autour de la "Connaissance", dans une relation de dépendance. Ils passent l'essentiel de leurs loisirs à regarder et écouter les discours démagogues et assez creux du gourou, à faire des réunions d'organisation et de motivation pour un système qui tourne sur lui-même, et à pratiquer des techniques de méditation mal enseignées. Dans l'attente des résultats des derniers "changements" censés résoudre tous les "problèmes" passés, ils se font exploiter de toutes les manières possibles, sans jamais trouver ce qu'ils cherchaient. Des spécialistes, comme J-M Abgrall par exemple, la classent parmi les sectes dangereuses, mais il faut quand même relativiser ce danger: la grande majorité des adeptes potentiels comprennent très vite ce dont il s'agit, et n'y remettent plus jamais les pieds. Pour ceux qui passent l'étape de l'initiation, leur durée de vie en tant que disciple est généralement assez faible. 90% des personnes initiées quittent la secte tôt ou tard. De plus, le degré d'implication des adeptes est très variable. Etre disciple du gourou, c'est plutôt d'une sorte de folklore sympathique pour une bonne partie des adeptes qui restent à la périphérie du groupe. Le noyau dur de la secte en France n'est constitué que de quelques dizaines de personnes, la plupart disciples de longue date, et de quelques centaines de personnes plus ou moins actives.

Elan Vital a-t-elle eu ou a-t-elle aujourd'hui une stratégie de pénétration de milieux professionnels, culturels, médiatiques ou politiques ?

Oui et non. Il est vrai que les personnes bien intégrées à ces milieux sont souvent choyées, comme je l'ai moi-même été. EV aimerait bien entreprendre ce genre d'action et beaucoup de réflexion a eu lieu, et a lieu dans ce sens (cf. les "séminaires" que le gourou organise actuellement sur le thème de la "propagation" de son message). Mais les contradictions internes du groupe font qu'aucun effort sérieux et concerté n'a jamais abouti. Les quelques personnes éventuellement capables de mener ce genre de politique quittent rapidement la secte, ou gardent leurs distances, lorsqu'elles se retrouvent confrontées à la hiérarchie kafkaïenne de l'organisation. A mon avis, la plupart des premies socialement bien intégrés se gardent bien de faire du prosélytisme. Il y a quelques tentatives de pénétration par l'intermédiaire de la formation professionnelle: quelques groupes se sont constitués autour de cette idée, dans des sociétés de consultants vendant des séminaires aux entreprises. Je pense assez bien les connaître pour pouvoir dire qu'ils ne sont pas plus dangereux que bien des charlatans vendeurs de séminaires de "développement personnel" dans la mouvance New-Age. En bons opportunistes, le gourou et les premies tentent de s'infiltrer dans les derniers trucs à la mode. Ça n'ira pas bien loin, et ils se feront vite repérer et mettre à l'écart, ce qu'ils craignent par dessus tout. Beaucoup de premies se sont infiltrés dans les systèmes de vente pyramidale, style Herbalife et autres. Ils trouvent l'essentiel de leur clientèle dans la mouvance de la secte, et se font exploiter par ceux qui se trouvent à la tête des filières. Je trouve ça plutôt pitoyable.

Existe-t-il des protections ?

Directes, je n'en ai jamais eu connaissance. Indirectes, sans aucun doute. EV bénéficie du laxisme des autorités vis à vis des sectes, et la dynamique de ce groupe suffit à expliquer toute son histoire, sans qu'il soit nécessaire d'aller chercher d'éventuelles "protections".

EV est une association très virtuelle. Il ne doit pas y avoir plus d'une douzaine de membres en France, peut-être moins, juste ce qu'il faut pour couvrir les activités officielles. Tous les adeptes sont des "sympathisants", et l'essentiel a lieu hors de l'association, ce qui limite les risque potentiels. Il n'y a donc pas grand chose à protéger, si ce n'est les transferts de fonds très légaux vers l'étranger, qui le sont sous couvert de paiement par EV de "royalties", "droits d'auteurs" et autres frais de consultants internationaux. C'est sans doute très discutable pour une association soi-disant sans but lucratif. EV n'a aucune vie associative, et le statut des associations type Loi de 1901 est à mon avis détourné de son véritable but. Elan Vital en France n'est qu'une façade derrière laquelle beaucoup de choses se passent. C'est la pompe à fric du gourou et des organisations US et suisse aux structures financières totalement opaques, et le lien avec les organisations non officielles qui contrôlent minutieusement et de manière quasiment maniaque toutes les activités du groupe: endoctrinement des nouveaux adeptes, sécurité, organisation des "événements", financement des "cadeaux" au gourou, etc...

Entre la fin des années 70 et aujourd'hui, le discours d'Elan Vital a assez largement évolué. Comment avez-vous vécu ses évolutions successives ?

Pas facilement. Je me suis toujours demandé où le gourou voulait en venir, et ses volte-faces à répétition ont été très déstabilisantes, et finalement lassantes. La réalité, c'est qu'il ne sait pas où il va. Il dirige son "mouvement" comme un despote mégalomane, tentant d'accomplir ce qu'il croit être sa "mission" divine, changeant de politique au gré de ses humeurs, des modes, et des idées qui lui passent par la tête.

Vous avez quitté EV autour de 1997. N'est-il pas paradoxal de quitter le mouvement alors qu'il paraît s'assagir, se normaliser ?

C'est une erreur de le croire. Le discours dirigé vers l'extérieur s'assagit, mais la réalité de la secte est toujours la même, et n'a pas bougé d'un iota depuis 30 ans. Le gourou se prend toujours pour le Seigneur de l'Univers, et toutes les actions du groupe partent de ce principe de base, y compris de cacher cette réalité, et de résoudre les problèmes résultant de cette contradiction. Si j'ai démissionné, c'est parce que mon malaise vis à vis de la tromperie et de la manipulation organisées s'est accru, et que j'ai finalement pris conscience du piège dans lequel je me trouvais.

Comment réagissez-vous à la prose d'EV, aujourd'hui, qui fait référence aux Droits de l'Homme ?

Ça me fait un peu rigoler. Ils essaient par tous les moyens de se refaire une image, suite aux critiques dont ils sont l'objet sur Internet. Je suppose que personne n'est dupe. En tout cas ça ne me semblerait pas nécessaire de mettre en avant ce genre de déclaration si ce groupe avait la moindre éthique, et s'il respectait réellement la liberté d'expression ! Sur le plan interne, la seule chose que le gourou demande aux disciple, c'est la soumission (cf. les documents et références abondants sur le sujet): toute activité du groupe n'est possible que dans le respect de procédures strictes, et tout contestataire est mis à l'index. Elan Vital a mis sur pied une kyrielle de sites Internet, tous copie conforme les uns des autres, sans aucune liberté d'expression ni aucun forum. Le site recevant les "témoignages" de disciples édite et censure les messages qui lui parviennent. Le gourou et ses proches ont fait fermer les quelques sites ouverts par des disciples indépendants. Sur le plan externe, le gourou a fait intervenir un des plus grands cabinets d'avocats des USA pour tenter de faire fermer les sites d'exes au printemps 2000. Je ne parle même pas de "l'accueil-sécurité" omniprésent autour du gourou, à tous les échelons de l'organisation, et dans toutes les manifestations du groupe, créant une ambiance de paranoïa extrême, assez curieuse pour une groupe à vocation "spirituelle", et se référant aux Droits de l'Homme.

Vous êtes devenu un "dissident", un "opposant" à EV, et vous animez aujourd'hui le site Internet des ex-premies. Quel est le sens de votre démarche ?

J'étais très isolé quand j'ai décidé de quitter le groupe, et j'aurais eu beaucoup plus de difficultés si je n'avais pu entrer en relation avec d'autres anciens disciples. Il existait à l'époque un embryon de site qui m'a été extrêmement utile: pour partager mes doutes, pour lire les témoignages d'autres exes (anciens disciples), pour parler de ce que je savais. J'ai été étonné de constater à quel point j'avais une vision très partielle du groupe et du gourou, et à quel point tous les témoignages et informations mis côte-à-côte permettaient de dresser un tableau assez exhaustif de la réalité du groupe. L'utilité de ce site m'a donc semblé très grande, et j'ai décidé d'y consacrer un peu d'énergie, pour que mes mésaventures puissent au moins servir à d'autres - pour ne pas entrer dans cette secte, ou pour s'en sortir le moment venu. Je me sens très concerné par tous mes anciens amis qui sont encore dans cette histoire, j'espère que ce travail leur sera un jour utile, et peut-être retrouver l'amitié de certains d'entre eux.

Vous avez enquêté sur la fortune de Maharaji. Qu'avez-vous découvert ?

Qu'elle est très supérieure à ce que j'imaginais, et que l'immense majorité des disciples est très loin d'en imaginer la taille. Deux exemples: il possède un Gulfstream V, jet privé d'une valeur de 280 millions de fr. environ, et un méga yacht (l'immense majorité des premies l'ignorent) d'une valeur de 50 millions de fr., pour ne citer que ce qui est visible. Sans parler évidemment de ses "résidences" sur tous les continents, de ses flottes de voitures de luxe et de tous ses gadgets indispensables pour "propager la connaissance". La propriété de tous ces biens est camouflée par un groupe d'associations-écrans, gérées par une poignée de proches - on attend là aussi la transparence dont parle EV sur son site ! Difficile d'en connaître la valeur exacte. Une seule certitude: il est arrivé en occident sans un sou en poche, et tout ceci s'est constitué en moins de 30 ans, grâce aux cadeaux des disciples lui manifestant leur "gratitude", et l'aide de quelques conseillers avisés. On peut s'en étonner, pour un homme qui prétend faire une œuvre humanitaire, et qui dirige des organisations charitables et sans but lucratif.

Alcoolisme, drogues, aventures sexuelles... les ex-premies semblent s'étonner des passions du Gourou. Ne "saviez-vous" pas que Maharaji est, finalement, un homme comme bien d'autres ?

Disons que j'ai remis les pieds sur terre. Après lui avoir longtemps accordé des qualités et des vertus "divines", il n'est pas facile de finir par admettre qu'il n'est rien de plus que vous et moi. Et il est encore plus difficile de constater et d'admettre qu'il est extrêmement corrompu, comme de nombreux témoignages et anecdotes le prouvent. Disons que j'aurais espéré qu'il ait un minimum de "pureté" et d'authenticité, et lui accorder le bénéfice du doute. La réalité est beaucoup plus sordide, hélas. J'avoue que j'ai été le premier surpris de son degré de corruption et d'inhumanité.

Considérez-vous que, sur votre site, certaines choses ne peuvent être dites ?

Je pense qu'il faut tout dire sur le gourou et ses organisations, mais par des personnes qui en assument la responsabilité. C'est à mon avis ce qui constitue la valeur des informations qui s'y trouvent, et ça encourage d'autres personnes à se libérer en témoignant.

Sur ceux qui l'entourent, je suis plus nuancé. A chacun de raconter ses mésaventures. Ça n'est pas toujours facile, et ça n'est pas à moi de parler à la place des autres. Les disciples et ex-disciples sont d'abord des victimes, assez souvent de toute sorte d'abus, et il ne leur est pas facile de raconter ce qui leur est arrivé. Et encore moins s'ils craignent d'être reconnus, s'ils ont beaucoup d'amis qui sont encore dans la secte (c'est souvent le cas), ou s'ils ont des proches qu'ils n'aimeraient pas savoir au courant de leurs mésaventures.

Les témoignages viennent petit à petit. Le forum francophone de notre site est encore assez réservé, et peu de gens osent raconter leurs histoires, même sous couvert de l'anonymat. Le forum anglophone est beaucoup plus fréquenté, depuis beaucoup plus longtemps, les anciens disciples anglophones sont très nombreux, et les histoires commencent à abonder. Beaucoup osent dire qui ils sont, et assez rapidement après avoir quitté le groupe.

Jamais je n'aurais imaginé que des personnes ayant été aussi proches du gourou viennent raconter ce dont ils ont été les témoins, comme Michael Dettmers (un ancien assistant et conseiller personnel du gourou) qui a récemment conté (entre autres histoires scandaleuses) la manière dont Maharaji a causé, au volant de sa voiture, un accident mortel pour un cycliste, et a échappé à l'enquête en faisant endosser la responsabilité de cet accident à un lampiste présent dans une voiture de son escorte.

Il n'y a rien de très glorieux à avoir passé une partie plus ou moins importante de sa vie dans ce genre de groupe. Je comprends que beaucoup de personnes préfèrent tirer un trait sur le passé, ou en parler d'une manière plus confidentielle.

Parlez-nous de l'affaire Jagdéo...

Triste histoire. Un mahatma de Maharaji, c'est à dire un instructeur indien bénéficiant d'une grande aura dans le groupe, et présent depuis les tous débuts, s'est avéré être un pédophile qui a abusé d'enfants de disciples, dès les années 70, selon les témoignages déjà reçus. Il usait de son titre pour organiser des réunions spéciales, et autres activités, pour les enfants. Bien que ces délits aient été rapportés plusieurs fois à des représentants de la secte et au gourou lui-même, il a eu la permission de continuer à exercer son travail à plein temps. Et il n'est pas certain que ce personnage ait été mis hors d'état de nuire. Depuis que cette histoire a été rendue publique en 1998, EV a d'abord tenté de se dissocier de Jagdeo, en disant que l'organisation actuelle n'a rien à voir avec la vieille "Divine Light Mission" qui l'employait. Lorsqu'il a été démontré que c'était faux (Elan Vital n'est que le nouveau nom de la DLM), ils ont changé de tactique et essayé de calmer le jeu en tentant de témoigner de la sympathie pour les victimes ... Jagdeo a été signalé à la police en Grande-Bretagne. Le British Sunday Express était même sur le point de publier un article sur le sujet. Ils ont laissé tomber à la dernière minute, au moment où Jonathan Cainer, le journaliste britannique le mieux payé et disciple de Maharaji, a abandonné le Daily Mail son employeur, pour offrir ses services au British Sunday Express. EV n'a rien fait, si ce n'est une enquête interne dont le résultat a transpiré: les faits sont bien réels. Rien n'a été fait pour le mettre hors d'état de nuire, rien n'a été fait pour retrouver les autres victimes, rien n'a été fait pour celles qui se sont déclarées ... Comme dans tous les scandales qui ont éclaboussé le groupe et gourou, tout est fait pour préserver son "image" !

Avez-vous eu connaissance d'affaires de mœurs ou de trafics au sein d'Elan Vital ?

Oui. Mais il m'est difficile de parler de ces affaires qui impliquent des personnes adultes si ces personnes ne parlent pas elles-mêmes de leurs mésaventures. Certaines l'ont fait, ou ont commencé à le faire sur le forum anglophone. J'ai aussi connaissance d'autres affaires, impliquant des proches du gourou. J'espère que certaines des victimes oseront parler.

Que pensez-vous du débat public sur la pénalisation de la "manipulation mentale" ? Comment appréciez-vous l'attitude des pouvoirs publics sur les sectes ?

Vaste sujet. En ce qui concerne la nouvelle loi votée en Juin 2000 et instituant le délit de "manipulation mentale", je me range du côté de l'opinion de la Ligue des Droits de l'Homme. Le concept de "manipulation mentale" me semble trop flou, et laisse la porte ouverte à tous les abus. Les députés ont voté ce texte sans vrai débat, et sans tenir compte de l'avis des spécialistes. La modification apportée à ce texte en janvier ne me semble pas très significative.

Ça me semble assez typique de l'attitude consistant à croire qu'on va régler un problème en votant une nouvelle loi ! Le droit civil et pénal renferme déjà suffisamment de possibilités pour lutter contre les groupes sectaires. Ce qui me semble en cause, c'est le laxisme des autorités vis à vis de ces groupes et de leurs responsables.

Les autorités agissent-elles hors cas de plainte de victimes ou crime défrayant la chronique médiatique ? Ça doit être très rare ! Quand on sait que les victimes de sectes portent rarement plainte, et que lorsqu'elles le font, il est souvent trop tard pour agir, on peut se poser des questions. On peut également constater que la justice est d'une lenteur navrante lorsque des plaintes valides sont portées, et quand on constate la manière dont les pièces à conviction peuvent disparaître (plaintes d'ex-Scientologues), on est carrément atterré.

Mais la justice n'est pas le seul moyen d'action possible. Je pense qu'il y a un travail d'information énorme à faire sur le sujet, et si possible sur tous les groupes suspects. Il n'y a pas à ma connaissance de documentation sur ce sujet qui soit facilement accessible à tout public. C'est ce qui m'a poussé à collaborer à l'élaboration de votre magazine. L'information bien faite est la base de toute action à entreprendre dans une démocratie contre des groupes potentiellement dangereux.

Entretien réalisé par Gilles Alfonsi