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Monde

Femmes esclaves des bordels du Bangladesh

Pendant presque dix ans, Shehzad Noorani a photographié des travailleuses du sexe au Bangladesh, l'un des pays les plus pauvres du monde. Il fit leur rencontre à l'occasion d'un reportage sur un bidonville réalisé en 1990.

Selon les Organisations Non Gouvernementales, plus de 150 000 femmes se livrent à la prostitution au Bangladesh, tandis que les statistiques officielles du gouvernement n'en reconnaissent que 9000. Bien que faisant partie intégrante de la société, la prostitution fait l'objet de répression, ou son existence tout simplement de déni. Le statut social des professionnelles du sexe dans la société bengali fait l'objet de si peu de considération qu'elles ne sont pas même autorisées à porter des chaussures ou des sandales hors du bordel. Et malheureusement, même leur mort est victime de leur misère. Qu'elles soient hindoues, musulmanes ou chrétiennes, on leur refuse jusqu'au droit aux rites funéraires de base. Lorsque des professionnelles du sexe meurent à Daulatdia, un bordel proche du fleuve Padma, les corps sont simplement jetés dans le fleuve.

Avant 1995, les ONG bangladeshi ignoraient carrément les bordels et leurs habitantes. Il n'y avait pas de véritable "nécessité" à leur existence. Cependant, la crainte du VIH/Sida et les larges sommes d'argent consacrées aux programmes de prévention ont rapidement modifié la donne. On a fait appel à des "experts" et de nombreuses études ont été conduites sur les professionnelles du sexe. Ainsi, les professionnelles du sexe ont gagné en reconnaissance, leur existence est admise, mais en même temps, ce n'est que comme possibles vecteurs du VIH et du Sida qu'elles sont reconnues, ce qui ne concourt qu'à les stigmatiser encore plus comme des "intouchables".

Le Bangladesh ne fait que répéter l'histoire que beaucoup d'autres pays ont déjà écrite au début de l'épidémie de sida. Le schéma classique de la discrimination sociale commence à faire sa terrible apparition et plusieurs maisons closes ont déjà fait l'objet d'attaques et été démolies. Ce sont parfois des hommes droits de la société "pure" qui ont conduit ces attaques, parfois des groupes religieux, ou les représentants de l'autorité publique. Quoi qu'il en soit, les motivations sont simples et toujours les mêmes : nettoyer la société de ses déchets. « Celui qui sympathise avec les prostituées est un salaud » affirmait l'un des slogans criés à tue-tête dans les haut-parleurs des membres d'un groupe religieux en marche pour vider un bordel à Narayanganj.

Récemment, dans le souci de mettre en place un plan de "réhabilitation", le gouvernement a fait fermer deux des principales maisons closes, jetant ainsi à la rue pour la nuit des milliers de professionnelles du sexe. Environ deux cents femmes ont été arrêtées et emmenées de force vers une maison pour vagabonds à des kilomètres des villes. Impatiente d'obtenir des résultats rapides, l'administration a décidé de torturer les professionnelles du sexe, et pour faciliter leur "réhabilitation", on a mélangé du poison à la nourriture qu'on leur a donnée.

Des centaines de femmes ont réussi à s'échapper pour trouver refuge dans la rue. Et tandis qu'elles étaient couchées par terre dans le dénuement et la plus totale désespérance, tentant de protéger leurs bébés de la pluie tombant à verse, dans une conférence de presse, le Premier ministre affirmait : « (...) Nous avons un devoir constitutionnel à décourager cette profession (...) Nous devons éradiquer cette profession de la vie sociale. » (The Daily Star, août 1999, Dacca). Malheureusement, les théoriciens de la bureaucratie vivent dans des conditions si privilégiées qu'ils sont irrémédiablement hors de portée des réalités quotidiennes des millions de gens qui vivent dans un immense désespoir.

Shipali, une jeune professionnelle du sexe de la maison close de Daulatdia confesse : « Mon père voulait se débarrasser de moi en me mariant à un étranger. Mon mari s'est avéré être psychopathe. Il avait l'habitude de me battre, puis de me faire l'amour en me disant "Pourquoi Dieu t'a faite si belle ?". Souvent, il ramenait aussi une autre femme à la maison et il voulait aussi l'épouser. Je n'ai pas pu accepter cela et je suis retournée chez mon père. A ce moment-là, il venait d'épouser une jeune femme de mon âge. Il n'y avait aucune place pour moi. N'ayant pas d'autre choix, j'ai quitté la maison et je suis venue au bordel. »

En fait, les bordels, qui sont perçus comme abjects et ignominieux, ne sont finalement pas très différents d'un bidonville en zone urbaine ou d'un village en zone rurale. Il y a plein de petites chambres des deux côtés de l'allée. Les gens entrent et sortent des chambres, ils s'asseyent, parlent autour d'un verre de vin local, les enfants jouent à "chat" au milieu des rires. Ils abritent des centaines et des centaines de femmes qui n'ont absolument aucun autre endroit où aller. Ce sont des lieux de désespoir, de violence et d'exploitation, mais en même temps des lieux où de véritables sentiments peuvent s'exprimer, sans aucune appréhension.

Légende des photos

Du sang coulant sur sa figure, une professionnelle du sexe a été battue par un client durant une altercation à propos du paiement.(Bordel de Kandupatti, Dacca).

Légendes des photos de haut en bas

Dans une allée bondée, une professionnelle du sexe se bat avec un client qui refuse de payer le prix convenu. Ce genre d'altercations sont si communes à Kandupatti que les autres n'y prêtent généralement pas attention et continuent de faire leurs affaires comme si de rien n'était (Bordel de Kandupatti, Dacca).

Scène de la vie ordinaire (Bordel de Kandupatti, Dacca).

Tandis qu'une autre femme regarde, une professionnelle du sexe fait entrer un client réticent dans sa chambre en le tirant par la chemise. Comme souvent, il y a plus de prostituées qu'il n'y a de travail pour elles, la compétition pour récupérer les clients est rude (Bordel de Kandupatti, Dacca).

Se protégeant de la pluie sous l'avancée d'un toit, une jeune fille apprécie un rare moment de répit avec l'un de ses clients réguliers (Bordel de Kandupatti, Dacca).

Deux femmes de Kandupatti, Dacca.

Hina prend une bouffée de marijuana à la pipe d'un client. Il est commun que les clients demandent du sexe et d'autres services, y compris la participation des prostituées à la consommation d'alcool et de drogues. Une fois dépendantes de l'alcool et des drogues, il devient encore plus difficile pour ces femmes de se libérer du confinement du bordel (Bordel de Marwari Mandir, Jessore).

Shilpi, une femme de 20 ans, est allongée dans les bras de son client et petit ami Sarwar dans le bordel de Saeedpur. Sarwar veut qu'elle quitte le bordel et qu'elle l'épouse, mais elle hésite tant qu'il n'y a pas de garanties financières (Saeedpur, ville du nord du Bangladesh.

Dans une chambre à peine plus large que son lit, une jeune fille exténuée se repose un peu avant de recevoir son client suivant à Tanzabar, une maison close vieille d'un siècle (Bordel de Tanzabar, Narayanganj).