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Politique / Psychanalyse et société

Parole d'Etat ?

L'amendement Accoyer avec sa prétention à légiférer sur la profession de psychothérapeute est une illustration de la volonté de contrôle qui contamine notre société, en phase avec un scientisme envahissant.

L'amendement Accoyer, qui a agité l'Assemblée, le Sénat et les médias il y a quelques mois, se situe, volontairement ou non, au carrefour de plusieurs histoires, apparemment très distinctes. Ceci a sans doute favorisé la confusion du débat. Mais cette confusion trouve sa véritable source au-delà, dans une impossibilité qui fait horreur au corps social. Pour tenter de la déchiffrer et de la faire entendre, ce qui n'est pas une tâche facile, suivons le fil des trois histoires qui s'entremêlent dans cette apparente cacophonie, sans trop nous arrêter aux multiples enjeux corporatistes qui paraissent en être le moteur, alors qu'ils n'en sont que l'effet.

Don Quichotte contre les sectes

La première histoire, celle qui a été mise en avant pour justifier le dépôt de l'amendement, est celle de la lutte contre les sectes. Curieux étendard, peut-être plus maladroit que mal intentionné, dans la mesure où l'origine immédiate de ce texte serait à chercher, en effet, du côté des familles victimes d'infiltration sectaires, par le biais de "psychothérapies" douteuses. Nul ne doute qu'il faille lutter contre les sectes : l'idée fait consensus, au pays des droits de l'homme - d'autant plus qu'elle se garde de toute conception claire de cette notion de "secte". Au-delà de la caricature, une frontière exacte serait bien délicate à tracer, au milieu des multiples embrigadements collectifs dont notre société est étrangement friande. Adorer le topinambour sacré prête sans doute à sourire pour ceux qui en sont loin - mais quid de ces regroupements exaltés qui, sous couvert d'idéologie libératrice, ou de vérité révélée, ou simplement d'esprit maison, n'aliènent pas moins ceux qui en sont les "victimes" passionnément consentantes ?...

Dans tous les cas, l'idée même de combattre l'embrigadement sectaire par une définition légale de la "vraie" psychothérapie apparaît vite dérisoire. S'il ne s'agit que d'obtenir un diplôme, certains illuminés en seront fort capables, pour continuer à opérer en toute tranquillité, avec l'assentiment de l'Etat : les sectes recrutent déjà largement chez les médecins et les psychologues en titre. Et le législateur fait preuve d'une naïveté déroutante, en négligeant qu'il est toujours possible de changer le nom, pour servir la même soupe : le "coaching", par exemple, fait recette depuis peu... Faudra-t-il ainsi réglementer tous les titres qui apparaissent au gré des modes et des changements d'emballage ? Combat perdu d'avance, qui manque à l'évidence son but.

Par ailleurs, s'agit-il vraiment, dans le choix d'un thérapeute, d'un acte d'achat dont on serait en droit d'exiger toutes les garanties légales ? Si la famille de la "victime" peut en effet s'interroger sur les compétences légales de l'escroc présumé, parce qu'il faut bien un motif juridique à la plainte qui sera déposée, la "victime" elle-même - qu'on a bien peu entendue dans les consultations parlementaires - a-t-elle consulté les registres officiels avant de faire son choix ? Il est à craindre, ou peut-être à espérer, que non. La logique qui préside à ce choix est souvent bien moins celle du citoyen soucieux de faire respecter ses droits que celle de l'amoureux, prêt à tout, voire à quelque folie, pour accéder à ce qu'il croit être le bonheur définitif. Pire, il n'est pas interdit de penser que le caractère marginal, officieux, d'un traitement désavoué par l'Etat, agisse à l'occasion comme un incitateur au choix qu'on voulait écarter. Bref, une telle réglementation prévient plus le confort du juge chargé d'instruire le procès, une fois que le mal est fait, qu'elle ne décourage la "victime" de se faire embrigader...

Le projet de loi « Marchand » et la question de la formation

La deuxième histoire, plus ancienne, est la recherche d'une définition et d'une réglementation de la psychothérapie, principalement sous l'influence des regroupements professionnels de psychothérapeutes. Dès l'époque de la gauche plurielle (comme quoi l'affaire actuelle n'est pas uniquement "de droite", comme on l'a laissé entendre sous le séduisant mot d'ordre de "guerre à l'intelligence"), trois propositions parlementaires ont fleuri quasi simultanément, qui ne devaient pas aboutir, mais préparaient tous les ingrédients du débat récent. A côté du même Accoyer, qui proposait dès 1999 à peu près le même texte, limitant le titre de psychothérapeute aux seuls médecins psychiatres et psychologues diplômés, Jean Michel Marchand et quelques autres députés "verts" (dont Noël Mamère) rédigeaient un projet de loi très inspiré du lobby des psychothérapeutes.

Il faut bien reconnaître que ce texte était autrement plus solide et mieux argumenté que l'amendement actuel. Soucieux de distinguer les domaines respectifs du médecin, du psychologue et du psychothérapeute, il se démarque par le projet d'y reconnaître une profession à part entière, dans la spécificité de ses outils et de ses méthodes, et souligne clairement ce que l'amendement Accoyer "new look" noie dans une périphrase ambiguë : ni le médecin ni le psychologue ne sont formés, en tant que tels, pour être psychothérapeutes.

Plutôt qu'une chasse aux sorcières, la loi Marchand cherche à jeter les bases juridiques d'une pratique encore neuve, mais de plus en plus répandue. En regard d'un avantage pour le public, qui se résume pareillement à garantir la "formation suffisante" de celui qui se dit psychothérapeute, elle en précise également l'avantage pour le praticien, qui se heurte aujourd'hui au refus administratif, faute de texte, du bénéfice de l'aide à la création d'entreprise, ou de l'exonération de TVA.

Il est curieux de constater que ce texte de bien meilleur niveau n'a été ni repris, ni même évoqué, dans les débats houleux de la dernière période. C'est sans doute que, mieux construit, il laisse apercevoir plus clairement la difficulté de son objet. En proposant de créer un titre de psychothérapeute et un diplôme de psychothérapie décernés par l'Etat, il met le doigt dans un engrenage dont le débat récent, malgré ses esquives, n'a pas davantage évité les impasses. Dès son apparition, d'ailleurs, le député socialiste Serge Blisko avait contre-attaqué par la proposition d'un "office inter-professionnel" censé laisser aux professionnels le choix de leurs critères de légitimité...

Laissant le prétexte sectaire à ses relents démagogiques, ce prélude au débat actuel pose le vrai problème : comment garantir la formation du psychothérapeute ? La question paraît simple, et on observe d'ailleurs que chacun a là-dessus sa réponse claire et nette. Mais on observe aussi et surtout que ce n'est jamais la même, selon celui qui parle. Et il n'est pas nécessaire d'avoir une expérience approfondie de l'écoute pour s'apercevoir que cette réponse simple et diverse revient toujours, au fond, à la même formule : « Moi, je suis compétent. Faites donc comme moi pour devenir un psychothérapeute irréprochable ».

Lorsqu'un parlementaire s'empare de cette question, il conclut inévitablement : c'est à l'Etat (et donc, à "moi" qui y crois par construction) de garantir cette formation. Office inter-professionnel, Collège, Jury d'agrément, Liste départementale, Décret ministériel, tout cela n'est que distraction sémantique pour désigner toujours la même idée. Mais comme l'Etat n'est pas un professionnel de l'écoute - loin de là, même, pourrait-on dire... - il doit bien s'en remettre à d'autres pour trancher, et cautionner leur choix. C'est alors dans le choix de ces « autres » que la question va démontrer, à qui veut bien le voir, son inévitable impasse.

La petite ronde des notables

Déjà à ce niveau - qui, on le verra, n'est pas le pire - un terrible embarras ne peut que saisir le législateur, face à la meute de ceux qui aspirent à lui venir en aide, non sans en espérer quelques effets de retour. Et comme dans ces fêtes de sous-préfectures où l'on voit défiler les notables par ordre protocolaire, il égrène avec une inquiétude croissante la liste des compétences supposées (par lui) pour répondre à sa place.

A tout seigneur, tout honneur : c'est le médecin qui est par priorité convoqué. Et pas seulement par la droite. Celui qui sait tout sur le corps malade doit savoir ce qu'est un psychothérapeute. Mais la loi Marchand rappelle à juste titre que les études de psychiatrie n'incluent nulle part une formation à la psychothérapie. Même chose pour les psychologues.

Cela paraît incroyable. L'honnête homme, qui vit loin de tous ces psys ravagés, aurait lui-même juré le contraire. C'est que, pour être honnête, notre homme n'en a pas moins un inconscient, dont il ne veut rien savoir. C'est la question qui nous attend plus bas, laissons-la de côté pour l'instant.

Mais le corps médical a plus d'un tour dans son sac pour récupérer la manne des profits supposés juteux de l'art de l'écoute. Un dénommé Cléry-Merlin a rendu fin 2003 au Ministère de la santé un rapport à peu près stalinien, proposant de subordonner toute espèce de psychothérapie à la prescription d'un médecin. Parfaitement rassurant pour le législateur. Mais débile, hélas.

L'affaire a ici encore tourné court, mais elle n'a sûrement pas dit son dernier mot : plusieurs de nos voisins européens ont déjà basculé dans ce système abject, car très faussement " rassurant". Il n'est que d'entendre ce que certains médecins - pas tous, heureusement - peuvent proférer d'âneries sur la psychothérapie pour être en effet convaincu que leur formation les prépare sans doute à une certaine suffisance, mais pas du tout à l'humilité de l'écoute...

Après le médecin, le chercheur. Le ministre (et médecin) Kouchner, alerté par les premiers remous autour du projet de loi Marchand, avait jugé opportun de confier à l'ANAES [Agence Nationale d'Accréditation et d'Evaluation en Santé] (et donc, à des médecins-chercheurs) une mission d'étude sur les critères scientifiques à retenir pour définir correctement une psychothérapie, et en déduire les compétences qu'elle suppose. Apparemment, ce projet a tourné court avec le changement de ministre-médecin. Mais cette année, l'INSERM a pondu un rapport époustouflant de bêtise et d'approximation scientifique qui prétend classer les psychothérapies par ordre d'efficacité - rien que ça ! Comme quoi l'ignorance est décidément le secret de toute innocence...

Bref, rien de tout à fait convaincant de ce côté-là non plus. Mais au passage, une nouvelle difficulté : sous le terme unique de "psychothérapie", c'est en réalité une myriade de méthodes qui sont proposées - plus de 300 enregistrées à ce jour ! Ce mot n'a évidemment pas attendu le législateur pour devenir, dans son ombre, une poubelle - ou disons plus diplomatiquement, une réalité "plurielle"...

Un louable effort de classification, né de ces dernières années, a conduit à répartir cette masse disparate en trois catégories, aux contenus étrangement inégaux : les psychothérapies "relationnelles", "co-gnitivistes" et "systémiques". Il faut savoir que la première catégorie doit regrouper à elle seule les trois-quarts du lot, ce qui indique une certaine orientation dudit classement, sans doute encore une fois sous l'influence de quelque « lobby » - à n'en pas douter "cognitiviste" et/ou "systémique"...

C'est d'ailleurs comme par hasard cette classification que récupère l'INSERM dans son monument de science, pour conclure à la super-efficacité de l'approche "cognitiviste". Ça tombe bien, c'est justement elle qui a le vent en poupe depuis quelque temps, et investit de toutes parts le marché universitaire de la psychologie pour y démontrer ses bienfaits. Sous le nom respectable de « thérapie cognitivo-comportementale » (TCC, pour les intimes), elle redore le blason d'une méthode qu'avait brillamment dénoncée, en son temps, le film de Stanley Kubrick, Orange Mécanique. Il est d'ailleurs amusant de constater qu'on en retient beaucoup plus aujourd'hui la première partie, qui mettait en scène le "mal" incarné par une bande de racailles, que la seconde, qui montrait clairement que le "bien" appliqué à l'anti-héros se révélait non moins destructeur...

Le grain de sable psychanalytique et la question du sujet

Ni le médecin, ni le chercheur ne pouvant donner la réponse, le législateur, de guerre lasse, se tourne alors vers les formateurs, en décidant de garantir la formation qu'ils dispensent déjà dans leurs innombrables officines. A eux de s'arranger, après tout... Cette solution bâtarde peut paraître séduisante : après tout, qui nierait que ce sont eux, les formateurs de psychothérapeutes, qui savent le mieux ce qu'ils font, même s'ils sont les seuls à le savoir ? Le législateur se retire ici du débat, convaincu d'avoir fait au mieux, et de contribuer ainsi à mettre de l'ordre dans cette poudrière. Hélas, ce faisant, il y met le feu.

Car il a, comme tout à chacun, son point aveugle. Ce qu'il ne voit pas, et qu'il ne peut pas voir, c'est... le sujet. C'est-à-dire, en l'occurrence, l'élément central de toute "psychothérapie relationnelle". C'est là qu'est l'os. Le législateur n'a jamais affaire au sujet : il ne connaît que des représentants de groupes constitués, lesquels organisent pour lui toute forme de réalité humaine. Dans le « moi, je suis compétent », il entend en réalité : « Nous, association reconnue, nous sommes compétents en tant que tels ». Dans un autre contexte, cela n'aurait sans doute pas fait une grande différence. Ici, cela change tout.

Cela, c'est la troisième histoire, la plus ancienne, la plus profonde et la plus lourde de signification, auprès de laquelle tout le reste ne constitue qu'une illustration symptomatique de l'impossibilité - je dis bien : l'impossibilité - d'un débat public, a fortiori d'une loi, prétendant apporter réponse à l'énigme définitive que constitue le sujet humain. Ce terme de "sujet" ne vient pas par hasard du discours qui a été le seul jusqu'à aujourd'hui à en prendre l'énigme au sérieux, du moins dans ses meilleurs jours : le discours psychanalytique.

La psychanalyse, il en a été largement question, pourtant, dans les débats sur l'amendement. Et on a fait avec elle comme on a toujours fait depuis qu'elle existe : on s'est soudain souvenu de son existence (enfouie désormais sous le nom de "psychothérapie relationnelle", une parmi tant d'autres...), et aussitôt qu'on a (re) mesuré un peu de l'effrayante indigestion qu'elle constitue pour le législateur, on l'a mise à part, en disant que tout ça ne la concernait pas - comme on dirait, avec une singulière ingénuité, que tout ce débat sur la psychothérapie ne concerne pas du tout le sujet de l'inconscient...

Car c'est lui, le problème, et non la psychanalyse, qui ne lui sert ici que de repère symptomatique. C'est lui qui rend la psychanalyse si maladroite et si mal à l'aise lorsqu'elle s'introduit dans les corps constitués, qu'il s'agisse de l'hôpital, de l'Université ou de ses fameuses "écoles", dont les incessantes scissions, qui font sourire les imbéciles, témoignent éloquemment du caractère profondément indigeste de ce qu'est un sujet pour le groupe - pour tout groupe, y compris un groupe d'analystes. C'est lui encore qui empêche, depuis l'origine, tout consensus durable sur la question cruciale de la formation de l'analyste, en dehors de l'évidente nécessité d'avoir soi-même vécu l'expérience pour la faire ensuite vivre à d'autres.

Ce tout petit point d'unanimité dit cependant bien, à sa manière, que la formation du "psychothérapeute" se fonde sur un vécu, et non sur un savoir. Le savoir ne vient qu'après, pour donner forme académique ("scientifique") à ce qu'il a rencontré là, et dont le souvenir l'effraie encore - s'il y a bien rencontré quelque chose, ce dont aucune instance ne pourra jamais juger avec certitude. Car cette instance, quelle qu'elle soit, reste prisonnière du discours qui la fonde, et à l'aune duquel on va seulement mesurer la parole du futur psychothérapeute, en subordonnant, du même coup, son vécu à son « savoir », au rebours de l'expérience qui le fonde. « L'analyste ne s'autorise que de lui-même », avait lancé Lacan, qui avait sans doute bien des défauts, mais du moins prenait le "sujet" au sérieux. Cela a fait tellement peur aux « écoles » qu'on s'est empressé d'y ajouter un petit supplément révélateur : «... et de quelques autres » !!

Ce rajout anonyme en dit long sur ceux auxquels le législateur délègue aujourd'hui son pouvoir : ils partagent avec lui le rêve des corps constitués, et entendent légitimer un processus de " reconnaissance par les pairs" dont on sait les merveilles de créativité qu'il a déjà produites à l'Université. Cette méthode conduit ici à l'opposé de son intention affichée. Si Freud, Lacan et quelques autres avaient dû en passer par une "reconnaissance par les pairs" pour avoir le droit de travailler, la psychanalyse n'aurait jamais vu le jour. C'est aussi simple - et effrayant... - que ça.

« Le ventre est encore fécond... »

Il suffit alors de remonter, marche après marche, les différentes étapes que nous avons parcourues, pour comprendre que cette innocente intention de détourner de pauvres victimes sans défense de psychothérapeutes mal formés ouvre la route du pire. En confondant à dessein le vécu indicible et le savoir constitué, c'est-à-dire la parole d'un sujet avec le discours d'un groupe, on met en place tous les éléments d'une guerre d'appareils qui sera d'autant plus féroce que nul n'y détient une vérité impossible à dire.

On entrevoit sans peine toutes les ruses, les compromis et les magouilles qui permettront de montrer patte blanche, et de se voir reconnaître une légitimité qui doit bien peu au sujet, et beaucoup aux notables. Le titre de psychothérapeute qui se vote actuellement garantit, non pas une compétence, mais une adéquation aux discours dominants, dont il est si facile de mimer les attentes. Loin d'être la garantie d'authenticité d'une pratique, elle accueille et innocente toutes les formes de perversion qu'elle voulait combattre - mais dont on s'arrange, il est vrai, depuis déjà belle lurette, dans toutes hiérarchies du monde, avec un silence gêné.

Légiférer sur la qualité de la rencontre qui sera définie comme "psychothérapie" équivaut en somme à légiférer sur un titre d'artiste, de poète ou de parent "diplômé d'Etat". Loin de constituer une garantie, c'est le signe d'une société qui prend peur de son ombre, et s'enkyste dans un scientisme propice à lui faire oublier les risques qui sont la vie même : qu'on en sorte vainqueur ou vaincu, ce sont eux qui dessinent la singularité irréductible du sujet, sans lequel toute cette belle organisation collective n'est que mort vivante. Le "meilleur des mondes" est aussi le pire des mondes : l'avons-nous donc oublié, nous qui commémorons à tour de bras le souvenir de la Shoah, comme si cela nous protégeait du danger d'y revenir ?

Au cœur de ce débat, le danger porte moins sur un titre bidon que sur ce qu'il révèle : aussi insupportable qu'en soit l'idée, et quel que soit l'anathème jeté sur celui qui l'énonce, la "bête immonde" dont parlait Brecht n'est pas à chercher dans une barbarie fantasque. Elle se nourrit de cet oubli du sujet par une société qui se prétend naïvement maîtresse d'elle-même, et croît trouver son salut dans un culte du groupe œuvrant, à son insu, pour cette "totalité" où le spectre sanglant du "totalitarisme" attend, très patiemment, son heure.