La charte du site Notre équipe Plan du site Nous joindre Ecrire, participer Liens

CONTRE TOUTES LES DOMINATIONS

DecorationEspaces

DecorationThèmes

DecorationPenser par soi-même

DecorationFils rouges

DecorationPublications

DecorationChronique

Imprimer cet article

Drogues / Répression pénale

Retour de la prévention-sanction et régression du débat public

La nouvelle campagne sur le cannabis et l'évolution récente du débat public sur les drogues conduisent à une régression préjudiciable à la prévention.

Une brochure désespérante

La brochure actuellement diffusée (voir image ci-contre), comporte tous les clichés que l'on espérait rangés, depuis quelques années, aux archives publiques : photos d'usagers désespérés, solitaires, dont les études sont mises en péril par "le" cannabis, mise en exergue du "bad trip", danger de la conduite sous l'emprise du cannabis... Tout est glauque et triste, dans cette représentation déconnectée du réel.

Les textes sont du même acabit : « Un cercle vicieux peut s'installer rapidement : on fume > on est démotivé > on est inactif donc on s'ennuie, donc on fume » dit le docteur Phan ; « (...) ce qui est sûr, c'est qu'en diminuant les capacités d'apprentissage, il [le cannabis] entraîne souvent de sérieuses difficultés scolaires », dit l'équipe de Drogues info service ; et le docteur Morel, lui, indique les gestes d'urgence : « Si la personne perd connaissance, il faut la coucher sur le côté et appeler les secours ». A la fin, le lecteur peut apprendre « où se renseigner et demander de l'aide ».

Régression du débat public

Au cours de la dernière période, émissions télé et articles ont été marqués par le même retour au discours le plus régressif, celui ne cesse d'en appeler à la "dissuasion" plutôt qu'à la prévention, celui qui veut faire peur et dire "ce qu'il faut savoir" plutôt que permettre à chacun de faire ses choix. En filigrane, dans la presse, la question devient toujours : comment bien ou comment mieux menacer, contrôler ou sanctionner ?

Pendant que les pouvoirs publics retrouvent ce discours daté, les centaines de milliers d'usagers occasionnels ou réguliers n'ont plus qu'à être indifférents, et les usagers dont la consommation excessive a des conséquences sur leur santé ne sont pas accompagnés comme il le faudrait.

Il semble surtout que l'on s'efforce de ne pas débattre de ce que pourrait vraiment une politique de prévention signe de ce nom, une prévention qui ne soit pas seulement don d'une information simpliste et superficielle, mais qui inclut de la relation entre des acteurs de l'éducation à la santé et les personnes concernées. Les pouvoirs publics font l'impasse sur le changement nécessaire de conception de la santé publique, des politiques publiques en matière de prévention, avec ce que cela suppose en termes de moyens à mobiliser. Ainsi, par exemple, concernant le rôle de l'Education nationale dont depuis plus de trente ans tout le monde réclame une prise de responsabilité en matière d'éducation à la santé et de prévention des conduites à risques, on continue d'évoquer son rôle en conclusion des rapports officiels, ou pour mentionner qu'elle devra faire plus.

Ainsi les choses ne risquent pas d'avancer. L'affaiblissement du tissu associatif et le maintien par les défenseurs de la réduction des risques d'un discours dépassé (qui se satisfait de fait d'un dispositif institutionnel qui reste fondamentalement répressif) sont préoccupants. L'incapacité des grands médias - particulièrement télévisuels - à faciliter un débat de société digne de ce non contribue à noircir le tableau.

Tout est à reprendre. Il faut espérer que ceux qui ne se laissent pas intimider par la déferlante sécuritaire actuelle sauront dans la prochaine période se mobiliser pour construire sur d'autres bases un projet de politique des drogues, y compris en travaillant sur des projets de lois pour remplacer la loi de 1970. C'est bien à la question des alternatives concrètes aux politiques actuelles et aux lois en vigueur qu'il est en effet nécessaire de s'atteler.