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Politique / Société / Sociologie / Répression pénale

Egalité sociale contre ordre sécuritaire

Les événements de novembre 2005 ont constitué une inédite contestation de l'ordre social inégalitaire dans lequel nous vivons.

Le pouvoir politique et l'Etat ont franchi une étape particulièrement préoccupante mettant en cause non seulement le pacte républicain, déjà bien amoché, mais aussi certaines fondations de la démocratie. Le ministre de l'Intérieur n'a pas seulement une responsabilité importante dans le déclenchement et le développement des violences, au travers de ces provocations verbales. Nicolas Sarkozy est surtout porteur du déni des enjeux d'égalité sociale et de lutte contre les discriminations que les violences ont souligné.

Personne n'ignore les réalités de la relégation des populations et les fractures territoriales, ni l'ampleur des phénomènes d'exclusion en raison des origines - réelles ou supposées - des jeunes des cités, mais la justification de cette situation est portée au sommet de l'Etat. L'ordre par la répression et par la limitation des libertés individuelles, à la place de la lutte en faveur de l'égalité sociale, c'est le programme du président de l'UMP, et de la droite qui gouverne. La promotion du « mérite individuel », imposture habituelle du discours des conservateurs, fait office d'ouverture sociale.

Mais ce n'est pas tout. C'est la société dans son ensemble qui est guettée par une régression démocratique. La mise en place de l'Etat d'urgence, et son maintien après les événements à titre soi-disant préventif, constitue un précédent gravissime pour l'état de droit. Sans compter l' "abattage judiciaire" qui a suivi les événements, message désastreux en direction des jeunes et des familles en ce qu'il fait de la justice le supplétif d'une logique politique toute entière tournée vers la répression, au lieu qu'elle maintienne la possibilité d'une intelligence des actes et des personnes.

Il faut avoir le courage d'être à contre-courant des justifications liberticides, risquer d'être accusé d'irresponsabilité face aux manipulations politiques et médiatiques qui conduisent droit dans le mur d'une société totalitaire. On peut craindre maintenant des surenchères en la matière, car le pouvoir politique doit constamment réactiver sa dynamique outrancière pour réussir à pénétrer durablement les esprits et à emporter la conviction.

Une course de vitesse idéologique semble engagée : d'un côté, les partisans d'un ordre libéral, justifiant de rogner sur la démocratie et niant les nécessités d'une autre répartition des richesses ; de l'autre, les exigences d'égalité sociale, soulignant combien la démocratie a partie liée avec les compromis politiques et sociaux. Au passage, on soulignera la nécessité que soit enfin perçu le niveau de mobilisation nécessaire pour qu'une action publique puisse obtenir des résultats significatifs, la politique de la ville n'ayant été à cet égard que partielle et insatisfaisante. Un "plan d'urgence" pour les banlieues ne suffirait pas : ce sont les politiques nationales qu'il s'agit de mettre au service de la lutte contre les inégalités.

Il n'est peut-être pas inutile de souligner que les mobilisations sociales de ces dernières années et l'ampleur prise par la critique du libéralisme et du capitalisme constituent des atouts solides pour ceux qui ne se résignent pas à la dégradation des liens sociaux et ne veulent, demain, ni d'apartheid urbain, ni d'affrontements communautaristes.