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Politique / Société / Répression pénale

Gouverner par la force ?

Le mouvement n'est pas nouveau, mais des paliers sont franchis. Sous monsieur Raffarin, on parlait de "l'autisme" du gouvernement face à des mouvements sociaux soutenus largement par les citoyens, comme ceux, massifs, contre la réforme des retraites et contre le projet Fillon, ou la lutte des chercheurs et des intermittents du spectacle. Cet "autisme" n'était pas tout à fait neuf ; le manque de considération pour les mouvements sociaux était devenu un des traits du gouvernement Jospin, dont le ministre de l'Education avait été jusqu'à utiliser allégrement les armes de la stigmatisation (du corps enseignant) pour affronter les syndicats. Mais aujourd'hui, on va plus loin lorsque l'on défend qu'imposer une réforme contre l'avis de ceux qu'elle concerne est souhaitable, juste ou nécessaire, et qu'il est courageux de s'opposer aux citoyens. Autrement dit, bafouer la citoyenneté et imposer sa loi serait légitime, dans notre société désordonnée.

On peut donc décider de réactiver la loi de 1955 concernant l'état d'urgence et de la maintenir à titre préventif. On peut missionner un expert pour réfléchir en vue d'établit un bilan équilibré (sic !) de la colonisation (c'est-à-dire pour "dire l'Histoire")...

Le déni de la question sociale, ancien, va de pair maintenant avec l'affirmation omniprésente qu'il existerait une "solution sécuritaire" aux problèmes sociaux que nous connaissons. C'est ainsi que, successivement la drogue, les bandes, la polygamie sont présentés comme les principaux problèmes que connaissent les banlieues, que les jeunes émeutiers de novembre 2005 sont dénoncés comme des récidivistes étrangers, alors qu'ils n'étaient dans l'immense majorité ni récidivistes, ni étrangers. On doit souligner que le pouvoir politique ne se trompe pas : il manipule les citoyens, et parfois il ment.

Pour certains, cette évolution conduit à considérer qu'il faudrait substituer à l'opposition gauche - droite une opposition entre partisans et adversaires de "la démocratie". Prenant prétexte du fait qu'il y a des démocrates à gauche et à droite ils se prennent à imaginer d'une alliance consensuelle de tous les républicains pour sauver la démocratie.

Ils commettent une lourde erreur d'analyse, et prennent là un mauvais parti : l'évolution actuelle est la dérive d'un système économique et politique incapable de se régénérer, d'un système qui désormais doit mener une guerre à la société pour espérer se développer encore, ou se maintenir. On peut bien sûr envisager que les démocrates se retrouvent parfois au-delà des clivages traditionnels, mais cela ne peut être en exonérant les gouvernants de leurs choix et de leurs responsabilités, et notamment pas en ignorant que le libéralisme porte désormais en lui la répression comme la nuée porte l'orage.

L'avènement d'un capitalisme répressif n'est pas un phénomène particulier à la France. On voit comment dans d'autres pays d'Europe, des dérives liberticides ont lieu, notamment au pays de Madame Thatcher. Cette évolution est la plus avancée aux Etats-Unis, où la participation électorale est minoritaire, où le champ des choix politiques possibles est très restreint, où la peur et le mensonge sont au cœur de la vie politique.

L'un des représentants de ce capitalisme-là en France, Nicolas Sarkozy, possède déjà un pouvoir considérable, et se trouve en situation de candidat possible pour un 2ème tour de présidentielles. La peur est de longue date agitée par l'extrême droite et instrumentalisée par les gouvernants, de droite comme de gauche. Mais elle devient maintenant un moyen constamment activé d'imposer des choix de société.

Cette situation est grave. Et il faut bien constater que jusqu'à présent, ni l'opposition politique, ni la société civile n'en ont encore pris la mesure et tiré les conséquences sur leurs stratégies et leurs rôles dans la société. Refuser le couvre-feu, refuser les lois qui dérogent aux libertés fondamentales, refuser les stigmatisations et la mise au pas du mouvement social, sont des b.a-ba dans la situation actuelle. La gauche antilibérale doit maintenant avoir le courage de se rassembler, et il faut que se développent enfin nettement les convergences entre les organisations politiques, les syndicats, les forces associatives et citoyennes. Au-delà de la résistance à l'instauration d'un "gouvernement par la force", marier la question sociale et les exigences de renouvellement de la démocratie constitue le cœur de l'alternative à construire.