Le petit père du (bon) peuple
Deux adolescents de 15 et 16 ans sont morts lors d'une collision avec un véhicule de police, le dimanche 25 novembre, à Villiers-le-Bel (Val d'Oise), dans des circonstances à ce jour mal éclaircies. On aurait tendance à l'oublier, à l'écoute des récents propos du Président directeur général de la France sur les émeutes qui ont suivi.
Empreintant au vocabulaire de Jean-Marie Le Pen(1), il a notamment affirmé devant 1800 policiers et gendarmes réunis à la Grande Arche de La Défense : «Je réfute toute forme d'angélisme qui vise à trouver en chaque délinquant une victime de la société, en chaque émeutier un problème social. Ce qui s'est passé à Villiers le Bel n'a rien à voir avec une crise sociale, cela a tout à voir avec la voyoucratie». Et de promettre, comme à son habitude, le châtiment des coupables.
Surtout, Nicolas Sarkozy défend ouvertement le refus d'expliquer les violences urbaines, car «quand on veut expliquer l'inexplicable, c'est qu'on s'apprête à excuser l'inexcusable». En résumé, face à la violence, il faut être bête, répondre "oeil pour oeil, dent pour dent"(2).
Ce discours a deux fonctions complémentaires : la première est de mobiliser les citoyens sur un registre passionnel, en utilisant la peur à son profit, c'est-à-dire en étant le "petit père du peuple" ; la seconde est de nier la question sociale. Dès lors, l'essentiel n'est pas d'affronter la fracture sociale et territoriale, de développer l'emploi, de réduire les inégalités, de construire des logements sociaux... «Il faut aller plus vite sur les dotations en armes non létales».
Alors qu'ont commencé à se dissiper les illusions sur le volontarisme politique du chef de l'Etat, sur fond de mouvements sociaux puissants et persistants, chacun sent d'ores et déjà qu'à ses yeux tous les moyens seront bons pour affirmer son pouvoir personnel.
(1) A propos de la situation des banlieues, le chef du Front national avait déclaré le 26 septembre 1999 : «Aux yeux du peuple et d’abord de la jeunesse, les règles se dissolvent, les frontières du bien et du mal s’estompent. Sur les ruines de la démocratie, s'installe la voyoucratie».
(2) Le plaidoyer pour la bêtise se retrouve chez Christine Lagarde, ministre de l'économie, qui le 10 juillet dernier, à l'Assemblée nationale, expliquait à propos de la place du travail dans notre société : «Que de détours pour dire une chose au fond si simple : il faut que le travail paye. Mais c’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant. Retroussons nos manches.»
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