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Sexualité et prostitution : prohiber ou réglementer ?

Dans ce dossier, nous faisons le point sur ces enjeux, en lien avec les changements de comportements qui affectent parait-il la vie sexuelle des français, et avec la question des valeurs et des normes.

Peut-on, comme Janine Mossuz-Lavau dans l'interview qu'elle nous a accordé, considérer que l'absence de modèle unique de sexualité est synonyme d'un quasi aboutissement de la libération sexuelle ? Ou doit-on considérer que la sexualité est au contraire conditionnée par bien d'autres déterminants dont nos discours sur notre sexualité ne rendent pas compte directement ? Il faut beaucoup d'optimisme - ou un certain aveuglement - pour penser que l'on jouirait aujourd'hui sans entraves, alors que l'on jouit si souvent à la sauvette ou dans des lieux spécialisés, alors que tant de femmes disent qu'elles ne connaissent pas le plaisir et alors que les violences sexuelles continuent d'être ordinaires.

Et lorsque l'acte sexuel semble n'être qu'une prestation, comme nous le disent certaines prostituées, faut-il considérer une passe comme un acte anodin ? La banalisation des supports où sexe et maltraitance sont très largement liés ne correspond-t-elle qu'à de nouveaux encanaillements sympathiques (?), ou est-elle un symptôme d'une perte de valeur ? On nous brandit parfois l'idée de la liberté comme une affaire de consentement mutuel, mais le consentement peut aussi bien signifier l'incorporation de la domination, de l'humiliation, l'acceptation de la souffrance non comme un jeu mais comme un destin.

D'une certaine manière, prohibitionnistes et réglementaristes détiennent tout de même une part de vérité : d'une part, pour susciter autant de passions, la prostitution n'est certainement pas anodine et l'acte de prostitution met bien en jeu l'intégrité des personnes, à leur corps défendant, cela en échange d'argent (faut-il le rappeler ?) ; d'autre part, le fait que notre société continue de pénaliser les personnes prostituées, en les maltraitant tant par les canaux aussi variés qu'hypocrites de la répression policière qu'en leur refusant d'accéder aux droits essentiels (théoriques) de tout citoyen ne constitue-t-il pas une attitude à dépasser ? Et que dire du sort des transgenres que le regard que nous portons continue de marginaliser, sans même que nous le voulions ?

Ni le prohibitionnisme, ni le réglementarisme n'affrontent véritablement les raisons d'existence de la prostitution : la misère affective et sexuelle, la misère sociale et économique, la difficulté d'être (bien) ensemble, le désir d'aimer et d'être aimé, l'interdit puissant des relations libres de sentiments bien élaborés et sans lendemain. Autrement dit : la libération sexuelle a-t-elle eu lieu ? Ou n'y a-t-il eu qu'une implosion du modèle hétérosexuel procréateur, qu'une explosion des relations de tous types, sans pour autant que nous en ayons conquis ni davantage d'autonomie, ni davantage de liberté ? Ici, nous ne pourrons qu'effleurer ces thèmes, sur lesquels nous sollicitons votre point de vue.